mercredi 3 août 2016

Le premier tartable

Elle est née dans les Pyrénées, ma sauvageonne, ma fille des montagnes. Je lui ai donné le sein, un peu, et des biberons, beaucoup. A quatre mois (plus un jour, délai de sûreté), comme préconisé sur la fiche détaillée fournie par la pédiatre, je lui ai préparé avec enthousiasme ses premières purées à la courgette, mes premières purées de maman, avec un robot spécial pour les mioches, qui mixe ultra-fin, sans sel et sans beurre. Elles étaient dégueulasses mes purées. On l'a bercée sur des kilomètres, on l'a veillée à l'hôpital, on l'a embarquée en road trip. On a fait des conneries, on s'est plantés. Et puis on a réussi, aussi. A faire pousser ce bébé souriant, à force de léchouilles et de compotes. Et la voilà aujourd'hui ma grande fille, avec ses culottes à paillettes, ses colliers de perles et son caractère de cochon retraité. Elle compte jusqu'à six en sautant le quatre, elle reconnait la lettre P comme son prénom, et elle dessine des bonhommes qui ressemblent à des pizzas premier prix. Tous les jours, elle choisit soigneusement ses vêtements, aussi dépareillés et bariolés que possible. Avec sa dégaine de plouc des années 80 et ses cheveux de princesse Disney, elle court loin devant moi sur le trottoir. Et après le feu rouge, sur la place du village, à gauche de l'épicerie, derrière le portail vert... c'est là.

C'est là l'école maman ! Je va aller à l'école moi, tu sais ? Après les vacances à la plage avec Manette et Papy, je va aller apprendre des choses avec la maîtresse et les autres petits n'enfants dans la classe. On met des chaussons dans la classe, pour pas salir le sol. Il est propre le sol. T'as vu les dessins sur la fenêtre de l'école, maman ? Moi aussi je va faire un dessin demain-après avec la maîtresse ? Je va faire un dessin de Totoro avec du rouge parce que j'aime le rouge, et puis je va faire une fleur à côté. Une fleur jaune comme dans le jardin de moi. T'es pas triste maman, hein ? Parce que moi je va revenir après, t'aquète pas. 

Je ne suis pas inquiète. Ni triste, ni fière, d'ailleurs. Je suis confiante et émue, sereine et excitée. Il n'y a pas si longtemps, à une époque qui te semblera so vintage, j'étais cette gamine en salopette qui court sur le trottoir, avec mon cartable à franges Pocahontas et mes Kickers bleues. Je ne suis pas inquiète. J'espère que tu aimeras l'école autant que je l'ai aimée, et que tu y construiras des souvenirs multicolores. Les miens sentent la colle Cléopâtre, les billes fêlées, les cartes Pokémon racornies et les pages d'Harry Potter. Je ne suis pas inquiète. C'est un cocktail de nostalgie légère et de joie intense dont les vapeurs me montent à la tête. Je suis pompette de toi.

Et maman, dis, est-ce qu'on a le droit de péter à l'école ?



6 commentaires :

  1. La phrase de fin, digne de la Naine !!

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  2. C'est vrai que mes sou enirs d'école sentent beaucoup le prout 😉.
    Il est chouette ce billet.

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  3. Tu me replonges dans mes sentiments d'il y a 1 an ... Dans ce plein d'émotions qui se télescopent et qui retournent le coeur, dans ces souvenirs doux d'il y a beaucoup trop d'années qu'on voit encore avec des yeux d'enfant ...
    Une jolie étape qui arrive pour ta petite fille solaire !
    Je vous la souhaite douce et pleine de sourires et de gloussements d'excitation !! <3

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  4. Bon Vio, va falloir que tu arrêtes de me faire péter la larmichette à chaque post! Nan mais sérieux! Euh... Et sinon ma fille aussi zappe le "4" c'est quoi le problème avec ce chiffre? Il pue?

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  5. Je te lis tout le temps, je laisse des messages.. bah en fait jamais. Mais là aujourd'hui, j'avais quand même envie de te dire que c'est un réel plaisir de te lire !!

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  6. oh trop mignon ... ça donne envie de pleurer de bonheur :)
    Bises
    Laura

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Allons chaton, tu ne vas quand même pas sortir sans faire un bisou à ta vieille tata !

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