lundi 28 mars 2016

Couper le cordon (avec des ciseaux émoussés)

Mon bébé né trop tôt, mon escargot, 

Ce matin je suis sang, sueur et larmes dans mon lit. De fer et de sel. Mère liquide qui coule. Je dégouline dans mes chaussons et je me lève. Ça tourne. Huit de tension madame. Attention. Ça tourne. Ça tourne mais pas très rond. Je connais la chanson. Je suis une coquille vide en pyjama qui se transporte dans les couloirs. Un café, l'ascenseur, la blouse, le masque. Soins intensifs. 

Tu es là. 

J'écris Tu, pourtant c'est Moi que je vois, là. 

Ma chair, mon enfant. On te pose sur mes seins. Toi contre moi. Toi avec moi. Je retrouve enfin l'équilibre, le poids manquant, l'intégrité. J'arrive pas à m'arrêter de pleuvoir. C'est le moi(s) de mars. C'est de la peur, de l'amour, et de la colère. Soudain je déteste les ventres qui tournent rond dans les couloirs, je suis jalouse et sèche. Cassante et cassée. C'est mon nombril que je déteste. Il a la forme d'un sourire, ton père le trouve mignon. C'est parce qu'il a été recousu un jour, obligé de sourire pour la vie. Avant il n'était pas comme ça, il était plus sérieux.

Mais toujours traître.

Sous mon nombril, le chantier, ta maison. Je suis ta maison. Je suis un mur pour te protéger, une fenêtre pour t'éclairer et une porte pour t'échapper. M'échapper. Je suis un toit. Je suis toi.

Mon bébé sous mon t-shirt, je ferme les yeux et on n'est qu'une. Encore un peu, juste un petit peu. Une toute entière, une qui ne saigne pas et ne pleure plus. On est bien. On oublie. Jusqu'à ce que la nuit tombe comme je me lève, que je prenne l'ascenseur, que je redescende. Jusqu'à ce que j'enlève ma blouse. Et mon masque. 

© Romy.

21 commentaires :

  1. Ma belle Vio, je ne peux qu'imaginer les affres dans lesquelles tu te trouves, et même si c'est facile à dire, je crois que la seule façon pour accepter tout ça c'est de lâcher prise. J'ai dû le faire pour d'autres raisons et même si ça fait peur, abandonner ce qui ne pourra plus jamais être, accepter ce qui nous est donné, c'est toujours moins douloureux et énergivore que de lutter (je ne dis pas que c'est ce que tu fais hein).
    Je t'envoie de douces pensées, je te souhaite de trouver l'apaisement, et très bientôt j'espère quelque chose devrait venir adoucir ces moment sombres ;)...

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  2. C'est saissisant. Plein de douces pensées pour vous cinq.

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  3. Plein de bisous de réconfort. Cette séparation arrivée trop tôt vous liera d'une façon toute spéciale. Il faut du temps pour recoudre un petit coeur de maman blessée, mais un jour, un(e) grand(e) dadet te dit "Je t'aime grand comme le ciel, maman", et c'est avec tendresse qu'on repense alors à cette première déchirure.

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  4. J'ai vécu la même chose...tes mots et ta douleur résonnent en moi. Il y a deux jours nous fêtions le premier anniversaire de mon bébé préma...on n'oublie pas mais la douleur s'estompe avec le temps. Plein de courage <3

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  5. J'ai été séparée de mes jumeaux pendant 91 jours... ils ont été entre la vie et la mort pendant des semaines. Ca retourne les tripes et ça te vrille les entrailles et... soyons honnête ça ne s'oublie pas.
    Courage, en pensées avec toi car on fait partie du "club" des mamans qui ont souffert pour eux, de celles qui sont devenues fortes car elles ont du se battre pour leurs enfants.

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  6. Oh que ton texte est beau, et triste. Ça me fait des frissons. Courage ma coupinette, je t'embrasse virtuellement mais bien fort quand même. Love you.

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  7. J'en pleurerai tellement tes mots me ramènent un an en arrière... Soyez fortes. Plein de bisous ma belle.

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  8. Courage ma jolie, tu avances de plus en plus vers la lumière, le bout du tunnel est proche. Donne-nous de tes nouvelles, on est avec toi. <3

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  9. Juste magnifique, poignant...

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  10. C'est beau!
    Le jour J ( ou T d'ailleurs) s'approche à grand pas et si maintenant, je ne rêve que d'être vide, de voir, j'ai peur de l'après, de me sentir vide, inutile. J'ai peur qu'on me l'enlève, qu'on l'éloigne de moi. J'aurais peut-être du attendre avant de lire tes jolis mots ^^

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  11. Ma douce (je me permets, on ne se connaît pas, mais je reconnais ce que je lis et ça résonne fort en moi ce soir).
    Je la connais la douleur que tu décris, la rage contre les ventres encore ronds, les oreilles et le cœur qui saignent d'être dans ce maudit service de maternité, pourtant tant fantasmé, et d'entendre et croiser ces bébés, ceux des autres, ceux qui vont bien,pour qui l'arrivée ne rime pas avec urgence, séparation, réa, sat', sonde, électrodes, masques, sas d'entrée, ni autorisations...non pas que je leur voulais du mal, hein! Mais j'avais si mal...7 ans après, il faut être honnête, c'est encore là, je suis faite de ça, il est fait de ça, nous sommes faits de ça; lui, son papa et moi (et même son petit frère!) Nous avons été fragiles, tour à tour, complémentaires. Nous nous sommes battus, fort.Très fort. Longtemps. 3 mois. Et puis on a gagné, ensemble, et on est FORTS de ça.
    Je sais par expérience que les mots, même les bienveillants, sont parfois difficiles à recevoir. J'espère de tout mon coeur ne pas avoir été maladroite ce soir, ce n'était pas mon intention, loin de là.
    Plein de courage, c'est dur ce que tu traverses, ce que vous traversez, mais demain mars sera terminé, et le soleil reviendra bientôt, promis;)

    Linda.
    Et bienvenue à ta fille;) J'ai quelques coupons qui pourraient faire joli pour son bai jia bei...

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  12. Du courage pour le présent, du bonheur à venir. La néonat est un monde à part, avec ses codes et sa routine. Elle nous marque à jamais, mais vous continuerez à aller de l'avant.

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  13. Bonsoir Vio, je vous lis depuis longtemps avec beaucoup d'attention et souvent d'émotion...
    Toutes mes pensées pour vous, votre bébé escargot, leur papa et vos aînés.

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  14. Personne ne peut ressentir ce qui se passe au fond de tes tripes. Encore moins le courage dont tu fais preuve. On peut juste essayer d'apporter un peu de soutien. Que ton chemin s'éclaircisse bien vite et que vous profitiez de la vie à 5. Kris

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  15. Quel sublime texte rempli d'émotion.Aude

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Allons chaton, tu ne vas quand même pas sortir sans faire un bisou à ta vieille tata !

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