dimanche 19 octobre 2014

Je deviens mère (bis)

J'ai entendu dire que, lorsqu'on avait déjà eu un enfant, on n'avait plus grand chose à apprendre de la maternité. La grossesse, les échographies, les achats de puériculture, l'accouchement, le carnet de santé et l'allaitement... On a déjà eu la zézette déchirée une fois, alors tout ça madame, ON SAIT. Comme si on avait déjà grillé toutes nos cartouches, comme si ça ne pouvait pas être aussi merveilleux avec un numéro deux.

Mais alors, avec mon second bébé, y a-t-il encore des premières fois ?
D'autres choses à explorer ? A apprendre ?

Oui.

Evidemment.

Avec mon Lardon, j'ai eu peur pour la première fois. Je veux dire, une vraie peur de maman qui déchire le cœur jusqu'aux chaussettes. Quand il est né, quand il était tout petit, trop petit, dans sa couveuse, et que je ne pouvais pas le voir et le toucher de façon normale. Quand on attendait des résultats d'analyses qui arrivaient à dos d'escargot, quand on lui enfonçait des trucs et des machins dans tous les trous, toute la journée. Quand je ne pouvais rien faire. Pour sa grande sœur, les premiers jours, j'étais une maman un peu plus légère, moins inquiète, plus sereine. Plus ignorante. Une maman toute neuve. Et j'avais eu la chance, si on oublie certains détails, de n'avoir eu aucune raison valable de vraiment m'en faire. Mais en découvrant mon fils, j'ai aussi découvert la prématurité et le risque. Le véritable risque. Le risque de le perdre.

Avec mon Lardon, j'ai appris à allaiter. J'avais pourtant déjà essayé avec sa sœur, mais j'avais été déçue. Je n'avais pas su m'y prendre, elle avait des difficultés à saisir le sein correctement, et je n'avais pas su l'aider. Pourtant j'écoutais bien tout ce qu'on me disait. Les sages-femmes, le pédiatre, ma belle-mère. J'écoutais tout, sauf moi. Quand mon fils est né, forte de cette expérience, j'ai su fermer mes oreilles et lui faire confiance, nous faire confiance. Du haut de ses 45 centimètres, il a été mon petit professeur. Je construisais une maison avec mes bras et il trouvait le frigo tout seul. A chaque fois. Toujours mieux. Même si j'ai dû me battre pour qu'on me laisse tranquille, pour qu'on ne lui donne pas de biberons dans mon dos, et qu'on m'autorise à l'allaiter dès sa naissance (les infirmières m'ont affirmé qu'il ne saurait pas s'y prendre) (taratata, bas-les-pattes). J'ai écouté mon instinct, pas le protocole. Et je peux te dire aujourd'hui, après 5 mois d'un allaitement réussi, que je me suis fait-là un beau cadeau. 

Avec mon Lardon, j'ai appris à ne PAS dormir. Concernant les fameuses nuits des bébés, ma fille avait été un exemple de perfection. Avant d'avoir deux mois, elle nous faisait des dodos de marmotte, avec le tour du cadran sans faute. Un vrai régal. La journée pouvait être hardcore, on s'en fichait puisqu'on savait que, de toute façon, après 20h on serait pépères devant un film avec nos tagliatelles au pesto. Et c'est toujours le cas aujourd'hui. Avec le Lardon, c'était une autre histoire, voire carrément une autre dimension. Les trois premiers mois, on a eu l'impression d'être aspirés dans une gigantesque spirale infernale, écrabouillés comme deux cloportes sous un rouleau compresseur qui n'avait pas de montre. Jour et nuit, on a dû faire preuve d'une sagesse de moine bouddhiste pour ne pas devenir gogoles à force de chanter "Les petits poissons dans l'eau" en faisant les cent pas. J'ai appris à vivre en robe de chambre avec d'horribles nœuds dans les cheveux, à déjeuner à 15h et à me laver en huit secondes (sauf les jours de combo "shampoing, rasage des aisselles, coupage d'ongles de pieds" : là je mettais environ une minute trente-deux). Maintenant, ça va mieux. Mais je peux te dire que je ne vais pas pondre un autre gosse de si-tôt. Point positif : maintenant je suis entraînée, j'ai un mental d'acier, et je me marre en regardant Koh-Lantah.

Avec mon Lardon, j'ai appris à aimer accepter mon corps. Pourtant, c'est aussi cette grossesse qui m'a offert mes premières vergetures. Pourtant, c'est aussi cet allaitement qui a déformé mes seins au point que je ne les reconnaisse plus (en gros, ce sont maintenant deux gants de toilette pour géant) (seksy). Mais en devenant maman une deuxième fois, j'ai réalisé cette chose qui m'a rendue plus forte : peu importent les rides sur le front, les plis de sharpei sur le ventre ou les cicatrices un peu partout, mon corps n'est pas moche, il n'est pas exceptionnel, mais il représente le seul endroit du monde où mes petits se sentiront toujours en sécurité. Pour cela je me sens précieuse, même avec mes bourrelets et mes boutons. Et tout ça, c'est en grande partie le Lardon qui me l'a montré, parce que pour la première fois de ma vie j'ai été la seule personne à pouvoir consoler un petit être. La seule. L'unique. Contrairement à sa sœur, au début, il ne voulait pas de son papa. Il voulait juste mes gros seins lourds et la chaleur de ma peau couleur cadavre. Il voulait juste mon haleine de poney le matin et mes mains tordues pour le caresser. Juste moi, comme je suis. 

Avec mon Lardon, j'ai appris le bonheur que c'est d'avoir deux enfants. Deux enfants qui jouent l'un avec l'autre, qui se font rire, qui partagent déjà tant de choses. Deux enfants qui se font des câlins, des bisous (enfin ça, pour le moment ça ne va que dans un sens, mais on s'entend), et des sourires. Qui forment un nouveau duo dans la maison, une tornade de rires et de cris, un truc de malade. Une fratrie. Deux enfants qui se marrent comme des baleines. Sans moi.

Avec mon Lardon, c'est vrai, je n'ai pas forcément bondi comme un cabri à chaque échographie (et encore) parce que je savais où était la té-tête et le cul-cul. 

Mais franchement, je suis encore pucelle de plein de bonheurs.



(limite ça donne envie de faire un troisième, pour voir)

(NEIN NEIN NEIN)

23 commentaires :

  1. On a le cheminement inverse : d'abord le prématuré et le sommeil ravagé (pendant... non vaut mieux rien dire) et 15 mois plus tard le bébé facile.
    et j'apprends encore beaucoup avec ma deuz

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    1. Dans ces cas là on se dit "ouf, heureusement y en a un sur deux qui est parents-friendly".

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  2. Tu me rassures (un peu) ... (sauf pour les nuits !)
    Simon a été plutôt un bébé facile (même si bon, il nous a aussi fait quelques maladies sympas et des crises dentaires légendaires), mais globalement, il a quand même été un bébé super chouette ... Donc j'espère secrètement que son petit frère sera taillé sur le même modèle, ouiouioui, politique de l'autruche inside !
    En tout cas ton article est tout joli et puis drôle aussi (ton "pucelle de plein de bonheurs" est juste savoureux, j'en ai encore des crampes au bide ! :D) La photo de tes lardons est tellement chou !! <3 J'ai hâte de voir mes petits mecs se découvrir, et plus tard, interagir ensemble :)
    Sinon, totalement hors sujet mais comme j'ai vu que tu avais été à la Mum to be et que tu étais une blogueuse mondaine ^^, je me demandais si t'avais pas prévu de pointer tes fesses aux Efluent Mums en décembre ? Non parce que j'y serai si tout va bien, et ça me ferait trop trop plaisir de t'y croiser <3
    La bise jolie maman !!

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    1. Tu verras, une fratrie c'est formidable : tellement de bonheur en barre, tous les jours... tu m'en diras des nouvelles ! :D
      Pour les Efluent Mums, ça aurait été avec grand plaisir mais je n'ai pas reçu d'invitation, donc on ne s'y croisera pas. Ce n'est que partie remise !

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  3. doch doch doch! :-)
    Trop belle la photo, ce sont ces moments qui font oublier tout le reste...

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  4. Ma voisine en a eu onze (11 oui). Elle m'a toujours dit: chacun m'a appris le monde.
    Tu sais ce qu'il te reste à faire... (perso je crois que je m'arrête à 4 tu vois...)

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    1. Mais nooon, je sais que tu vas nous en pondre un autre dans les deux ans. Quoi ? Je sors, d'accord.

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  5. Ben ici, ils ont tellement été pareils pendant longtemps que j'ai pas vraiment appris d'autres trucs !
    Par contre je découvre tout de la fratrie et ça c'est cool ;)
    Bisous bisous !
    (tu t'étais inscrite pour l'efluent ? il fallait pour peut-être avoir une invit...)

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    1. J'avoue que sur certains aspects j'aurais bien aimé que le Lardon s'inspire de sa sœur les premiers mois (genre, à tout hasard, des nuits de 14h à deux mois, ouais, ça aurait été cool).

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  6. Faut vraiment que les gens arrêtent avec leur deuxième bébé tout mignon, ça donne des envies!

    En même temps, même si on se sent plus confiante ou sereine dans son rôle de maman, chaque enfant est différents, à son propre caractère du coup on découvre forcément de nouvelles choses, on s'adapte et on apprends.

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    1. Moi, je pousse au crime ? Naaaan... :P

      Ben oui, c'est ça le challenge d'être maman aussi, c'est ce qui est intéressant : la nouveauté.

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  7. j'ai beaucoup aimé ! C'est vrai qu'on ne connait pas la peur tant qu'on n'a pas d'enfants... ni la vraie fatigue, d'ailleurs ! Nous c'est la troisième qui va arriver et comme c'est la première fille, je crois qu'on est sacrément puceaux sur plein de points ! Merci pour ce bon moment !!

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    1. Félicitations alors ! Ahah, va dire aux gens, au bout du troisième gosse, que t'es puceau de quelque chose... XD

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  8. très belles photos mignons comme tout
    première visite ici ...tu as une belle écriture :0)

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    1. Merci ! Reviens quand tu veux, si j'ai pris mon goûter à priori je ne mange personne. ;)

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  9. Merci pour ce que tu dis sur l'acceptation de soi et son corps, tu n'imagines pas à quel point tu me reconfortes !

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  10. Oui ça va être sympa quand ados ils vont se foutre sur la gueule toutes les 2 minutes en s'insultant ou se frappant et en commençant toutes leurs phrases par "Vazy kesta". Mais sinon c'est bien ouais ;)
    PS : J'en ai 4 et ce qu'ils m'ont le + appris, aprèsl'Amour, c'est la patience, ce dont je manquais cruellement à 20 ans.

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  11. Je vis la même chose en ce moment : rebelote et puceau de plein de bonheurs !!

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  12. Je découvre ton univers, et franchement j'adore ta façon de dire les choses :) ! Quant à cet article, il est juste magnifique, et émouvant !!

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  13. J'adore cette photo ! (et ça, j'achète, voilà voilà!)
    Elle a des cheveux de princesse, au faite.

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Allons chaton, tu ne vas quand même pas sortir sans faire un bisou à ta vieille tata !

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