mercredi 24 septembre 2014

Le pouvoir magique

Ce soir encore tu chouines en tortillant ton petit nombril dans tous les sens et en pédalant dans le vide avec tes minuscules pieds dodus. L'enfant caché de Shakira et Contador, c'est toi. Je t'ai porté contre moi dans l'écharpe pour t'apaiser, et puis au bout d'une heure j'en ai eu marre, tu me tenais trop chaud et j'avais envie de m'en griller une sur le balcon. Ton père a pris le relais, et depuis il fait les cent pas dans notre appartement rikiki en te berçant au son des chansons sans queue ni tête que lui seul peut inventer. Maintenant, lui aussi il en a marre. Il me fait signe à travers la baie vitrée, un signe qui veut dire "lâche ton fil Instagram et viens m'aider bordel de nouille". C'est pas faute de t'aimer grand comme une lune qu'aurait bouffé un soleil, tu sais, mais desfois c'est vrai, on en a marre. 

Tu n'as pas faim.
Tu es tout propre et tu sens bon.
Tu es même coiffé, mais tu t'en cognes.

Je soupire comme un hippopotame, je lève les yeux au ciel et je rentre. 
Il n'y a pas trente-six solutions.
En fait il n'y en n'a qu'une.

Une minute pour faire pipi en feuilletant Causette en diagonale, deux minutes pour débarbouiller mes peintures de guerre et me laver les mains. Trente secondes pour jeter toutes mes affaires par terre, et mon corps tout mou sur le lit. Je tends les bras.

Ton père te dépose délicatement contre moi, et je sens tous tes muscles s'activer anarchiquement pour ramper vers ma peau, comme s'il était possible d'être encore plus proches l'un de l'autre. Tu ressembles à un petit ver de terre épileptique. Tu es terriblement mignon. 

Ton père éteint la lumière, allume la veilleuse, et sort de la chambre.

Je caresse tes cheveux en soie et je te murmure que tout va bien, voyons, mon petit bouchon, qu'est-ce que tu nous fais là, c'est ton ventre qui t'embête, viens-là mon chéri, tout va bien. Maman est là.

Maintenant tu es un expert, je n'ai plus besoin de te montrer le chemin. 
Pop ! Tu deviens une ventouse.

Un poisson lèche-vitre, un périphérique USB, une moule à son rocher.
Mon petit bout de moi qui revient au port.

Te voilà au sein pour la dernière fois de la journée, agrippant ma main de toutes tes microscopiques forces. Tu me fais mal. Fais-moi penser à te couper les ongles, demain.

Très vite tu te détends, tu remplis tes joues de hamster et tu fermes les yeux. L'effet est presque immédiat. Je pose doucement mon index dans le creux de ta fossette qui se gonfle et se dégonfle à intervalles réguliers. C'est ridicule. J'ai envie de rigoler.

En une minute c'est plié. Tu lâches mon téton et tu ouvres tes poings, un sourire béat collé sous ton nez en forme de toboggan. Aussi flasque que ta vieille mère. 

En une minute c'est plié. Tu dors.

Et moi, dans ces moments-là, j'ai comme l'impression d'être une licorne à paillettes qui pète des fleurs. 

J'ai un pouvoir magique.


10 commentaires :

  1. J'adore! J'aurais pu l'écrire! (enfin, non, pas aussi bien c'est sûr!) Par contre, je retrouve plein de petites choses tellement identiques à ce qu'on vit en ce moment, çà fait du bien de voir qu'on n'est pas seuls ;)
    ton verre de terre est trop mignon tout comme le mien, surtout quand il dort...enfin.
    Bonne journée et merci pour tes articles qui me plaisent à chaque fois, j'adore ton écriture imagée et pertinente. Et je me retrouve dans beaucoup (comme par exemple celui sur ta grand-mère où j'avais écrit un long commentaire qui s'est effacé et que j'ai eu trop la flemme de réécrire!)

    RépondreSupprimer
  2. Qu'il est mignon *Coeurscoeursetpaillettes*

    RépondreSupprimer
  3. Génial! Tellement vrai...

    RépondreSupprimer
  4. Il est beau ce petit chat tout blotti :)
    As-tu le super pouvoir de le déposer ailleurs que sur toi ensuite sans qu'il se réveille ? Parce que celui-là moi, je l'ai pas eu avant plusieurs mois ><

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Alors l'espèce de chose sur laquelle mon Lardon est posé... ce n'est pas moi, c'est un coussin. A vrai dire, cette photo date du mois de juin (il avait un mois) lorsqu'on essayait d'en prendre une jolie pour son faire-part.
      Concernant le super-pouvoir dont tu parles, j'avoue qu'il est précieux aussi. Heureusement, chez moi, j'ai la chance d'avoir un papa poseur de bébés professionnel.

      Supprimer
  5. Magnifique! Le texte, la petite bouille bienheureuse, j'adore!
    Chez nous, le super pouvoir marche toujours (Minus a 15 mois) mais je n'ai jamais exprimé les choses de façon aussi poétique. Moi quand on me demande comment j'ai réussi à l'endormir, je réponds : "Facile, je l'ai assommé avec un bon coup de nichon dans les gencives!". C'est sûr, c'est moins glamour que la licorne, même quand elle s'oublie...

    RépondreSupprimer
  6. Très bel article, comme toujours :)

    RépondreSupprimer
  7. Tu écris vraiment très bien. Je n'ai pas d'enfants et n'en veux pas (je me répète chaque fois que je commente ton blog sur ces articles là...haha). Mais pourtant, j'adore lire tes articles sur le sujet.
    C'est très souvent émouvant, on se sent touché par tes mots, ces petit morceau de vie que tu partages avec nous.

    RépondreSupprimer
  8. J'aime tellement ta façon decrire !!!! C'est trop mignon !!

    RépondreSupprimer

Allons chaton, tu ne vas quand même pas sortir sans faire un bisou à ta vieille tata !

Rendez-vous sur Hellocoton !