mardi 13 mai 2014

Note de service

J'ai écrit ce billet la semaine dernière, le siècle dernier, dans une autre ère, à l'époque où mon poulet était encore sous mon nombril. Aujourd'hui mon poulet, qui est en fait un minuscule poussin, est à l'étage inférieur, derrières les lourdes portes fermées du service de réanimation néonatale, c'est une autre affaire. Je reviendrai vous en causer. Plus tard. En attendant, voici donc un peu de lecture...

Mes petits poneys scintillants,

Je suis au regret de vous annoncer que je ne vais pas pouvoir alimenter mon blog de façon croustillante, pertinente et régulière pendant une période que je suis incapable d'estimer. Les plus malicieux d'entre-toi ont déjà remarqué la chute vertigineuse de tension que le contenu de mes articles a pu subir ces derniers temps, et pour cause (attention copain, je te raconte ma vie) :

Enceinte d'à peine 32 semaines d'aménorrhée (SA pour les doctinautes de platine) (c'est-à-dire tout juste 7 mois de grossesse pour les non-initiés), j'ai commencé à ressentir de nombreuses contractions. Anarchiques, quasi indolores, irrégulières. Une multipare avertie ne s'inquiète pas pour si peu, le "faux travail" fait partie des désagréments du troisième trimestre, c'est bien connu. Je SUIS une multipare avertie. Rapidement, cependant, d'autres signes sont apparus. Glaires, gélatine et filaments sanguinolants, bon appétit bien sûr, ma chatte se mouchait dans ma culotte sans aucune gène. Pendant plusieurs jours, quand même. Et puis "quelque chose" était différent. Un coup de fil à la maternité plus tard, on m'a confirmé ce dont je me doutais : pas de panique, mon bouchon muqueux avait juste envie de prendre l'air. Une multipare avertie ne s'inqiète pas pour si peu. Je SUIS une multipare avertie. Enfin, surveillez quand même le fond de votre slip madame, au cas où. On sait jamais. Desfois que.

Desfois que, comme par hasard, on sait jamais, le travail ait commencé.

Lundi 5 mai, 16h30.
Je suis seule à l'appartement avec ma Micro-Naine aujourd'hui. Elle finit sa sieste tandis que je sors d'un bon bain aromatisé au romarin. Je voudrais lui préparer une compote maison pour le goûter, je dois me secouer les morpions si je veux que ce soit prêt avant qu'elle ne se réveille. La vie est belle, il fait 30°C et le ciel est bleu, ouais ma couille. Je sors du bain, donc. J'enfile mon peignoir bleu, je me tartine les extrémités de crème, puis j'entreprends de m'habiller. Quelle idée saugrenue ! Si j'avais su. Avec l'équilibre précaire que toute baleine-flamant-rose connait en fin de grossesse, je lève la jambe droite et je tire la langue pour bien viser : le pied dans le trou de la culotte, hop, concentre-toi. J'étais figée dans cette position très sexy quand soudain, paf ! pomme de reinette et pomme d'api, mon tapis tapis rouge s'est retrouvé trempé. J'ai juré en catalan, serré, les cuisses très fort, formé un bol en-dessous avec mes mains, rien n'y faisait : l'équivalent de la réserve annuelle d'eau de l'Ethiopie était en train de sortir de mon intérieur, en continu.
Pas de sang, pas de douleurs. Bon. Pas de panique. Je suis une pulimare aterrie, nom d'une pipe. Au diable la culotte, j'ai quand même enfilé ma jupe, mon top, et même mon bola de grossesse. Dans le bon sens et dans l'ordre. Calmement. J'ai plié une grande serviette de toilette en quatre, je me suis assise dessus, et  appelé sept fois sur le portable de Monsieur Pantoufle. J'ai envoyé un texto à un couple d'amis pour expliquer la situation, dans un français relativement correct, leur demandant s'ils pouvaient prendre en charge la Naine rapidement. Puis j'ai rappelé l'Homme trois fois. Moins calmement. Pas de réponse. L'espace de douze secondes, je l'ai détesté. Je lui en ai voulu de ne pas être disponible, là, maintenant, tout de suite, de me laisser toute seule, ridiculement perchée sur ma serviette, d'aller travailler pour payer mes kiwis et mes pulsions sur vente-privée, d'avoir de la barbe, de m'avoir fait un bébé et puis un autre, de ne pas avoir rangé la vaisselle ce matin, de ne pas avoir mis son téléphone portable hautement technologique dans son boxer en mode vibreur-de-la-mort, bordel. Une minute plus tard, après avoir lancé un appel au secours sur Twitter (réflexe absolument inutile) j'ai appelé directement le collège dans lequel il travaille (réflexe logique), répétant à voix basse le texte que je venais d'improviser dans ma tête à l'intention d'un interlocuteur inconnu. Bonjour, je suis la compagne de Pantoufle Man, pouvez-vous me le passer s'il vous plait, il s'agit d'une urgence. J'ai croisé les doigts pour ne pas tomber sur Monsieur Bip-Bip, aimable comme une porte d'Azkaban, ni sur Miss Pouet, greluche de son état.
"Collège Truc-Bidule, bonjour...
- Chériii je perds les eaux viens vite j'ai peur la petite va se réveiller d'une minute à l'autre je suis toute seule personne ne me répond au secours chériii j'ai besoin de toi ouiiin !
- J'arrive."


Lundi 5 mai, 18h.
Déposée en catastrophe chez nos amis, la Micro-Naine était ravie de rejoindre sa petite copine du presque-même-âge dans un jardin ensoleillé et plein de poules. Aux urgences obstétriques, le diagnostic a été vite posé : rupture prématurée des membranes (RPM pour les forumeuses de chocolat), franche qui plus est (donc pas pour de rire, quoi), col court et ouvert à 3 doigts, c'est la fête. Quand je pense que, l'an dernier, j'en ai chié des ronds de chapeau pour en arriver au même stade, et que cette fois-ci je n'ai rien vu venir, je n'ai même pas eu mal... Bref.

Aujourd'hui nous sommes le Mercredi 7 mai, il est l'heure de goûter, et je n'ai pas Internet. J'écris ce billet décousu sans savoir quand je pourrai vous le transmettre. Je suis à la maternité, alitée jusqu'à nouvel ordre, avec de très jolis bas de contention blancs qui me donnent un air de sainte nitouche en couche. Bébé est toujours dans sa grotte. Je passe mes journées à regarder par la fenêtre les gens entrer et sortir de l'hôpital, en priant le dieu de la vulve (t'sais, je t'en ai déjà parlé, il fait partie du panthéon du pantalon) pour ne pas avoir de nouvelles contractions, d'infection utérine ou de boutons sur le nez. 



Ce qu'il en est, à l'heure où j'écris :

- J'entre à peine dans ma 33ème semaine. Si le Lardon naissait aujourd'hui, il irait directement en réanimation puis en néonatalogie. Trop loin et trop longtemps. Au regard de son âge gestationnel, c'est une armoire à glace, mais il est quand même beaucoup trop petit pour sortir de ma zézette maintenant et affronter ce monde cruel.
- En plus le ciel est redevenu gris.
- Le liquide amniotique a arrêté de couler : Monsieur Rikikouille est descendu, il fait office de bouchon de baignoire contre le col. Ainsi il préserve son stock, mais il précipite aussi les évènements. Ce serait une excellente nouvelle si j'étais à terme. Je ne suis pas du tout à terme.
- J'ai subi le protocole habituel : piqures dans les fesses pour la mâturation des poumons (les corticoïdes à 19h tiens, essaye ! J'étais remontée comme un coucou épileptique), traitement pour inhiber les contractions, antibiotiques et anxiolitiques (ça ce n'est pas "habituel" à proprement parler, mais les effets secondaires des autres médicaments m'empêchaient littéralement de fermer l'oeil).
- J'ai des analyses quotidiennes de tous les fluides qui sortent de moi, plusieurs monitorings et tout le tintouin. 
- Je suis épuisée.
- Ma Naine me manque. Pantoufle Man est débordé.
- Mon objectif actuel est de "tenir" au moins 3 semaines.
- Je commence une étude détaillée du programme télé (moi qui ne la regarde jamais d'habitude, je découvre des trucs de dingue).

Je disparais donc de ton écran pour une durée indérminée, que je souhaite assez longue (tu ne m'en voudras pas, les priorités dans la vie, toussa toussa). Je reviendrai ponctuellement, au rythme des autorisations des sages-femmes. Pour capter le réseau de l'hôpital, je dois descendre au rez-de-chaussée, à la cafet. Mais les conditions sont strictes : pas plus de 10 minutes à la fois, pas tous les jours, en fauteuil roulant, accompagnée par quelqu'un, et sous réserve de ne pas avoir eu de contractions dans les heures qui ont précédé. Autrement dit : tous les 36 du mois.



Merci d'avance pour vos petits commentaires que je dégusterai comme des bonbons réconfortants, lors de ma prochaine échappée du service.

Poutous les loulous. 
A bientôt...

Vio, votre dévouée multipare azerty.

17 commentaires :

  1. Bon courage pour tout ! Ton ptit bout a l'air d'aller bien, je vous souhaite du courage et du bonheur !

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  2. Ben dis donc, cette grossesse n'aura pas été un long fleuve tranquille.
    T'as assuré comme une chef. Ton fils tient de toi du côté warrior je crois.
    J'espère très sincèrement que la néonat sera vite vite vite derrière vous.
    Si je peux faire un truc pour toi (t'envoyer une connerie, ou autre, je sais pas), viens toc-toquer sur mmeetsoncrapiot@gmail.com

    Plein plein de bécos ma toute jolie !

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  3. Quelle histoire ! Mes 2 premières grossesses ont été différentes aussi. On s'imagine que ça va être plus ou moins similaire et puis non... Juste pour que ça soit un tout petit plus effrayant autrement c'est moins drôle. Enfin quand même a 33 semaines, il fait fort ce bébé. Bon courage pour les semaines à venir.

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  4. J'espère de tout coeur que tout se passera pour le mieux pour vous....

    Bon courage!

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  5. Quel billet émouvant. J'ai plutôt pour habitude de sous-mariner mais je tenais à t'envoyer tout mon courage et à te souhaiter plein de bonheur dès que ton ptit bout sera sorti de néonat !

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  6. Ton parcours ma rappelle plein de souvenirs (un genre de condensé entre mon prems et ma deuz).
    Ca bouscule tout ça, c'est le genre d'aventures dont on ne ressort que grandit.
    Je t'envoie des bonnes ondes et j'espère qu'avec mister pantoufle vous arrivez à trouver une organisation provisoire entre la micro-naine et le lardon bis.

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  7. Je suis tes aventures depuis quelques mois mais je suis à ce jour restée "sans commentaire", et bien sûr on ne se connaît pas. Néanmoins... C'est une sacrée épreuve que vous avez entamée, je souhaite de tout cœur qu'elle soit la plus courte possible et que tout le monde aille bien. Courage à toute la famille, et accroche-toi tout-petit-Poussin.

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  8. Il m'avait fait peur cet appel sur twitter ! Jpeux te dire que j'ai pensé à toi très fort tous les jours après ! J'avais hâte d'avoir de tes nouvelles.
    Je suis contente que tout aille bien ;)
    Bisous

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  9. Ah mince, un instant j'ai cru que tu avais encore quelques jours de répit... mais non, le pti poulet est déjà là. J'espère que ce sera très vite derrière vous, cette vilaine histoire de néonat...Et que ce n'est pas trop compliqué pour gérer la "grande" qui n'est pas si grande.

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  10. Ma pauvre :/
    J'ai connu malheureusement ce même genre de situation : bouchon muqueux qui se fait la malle à 5mois et demi + Allitement obligatoire jusqu'à 8 mois de grossesse (j'ai tenu) (I did it)
    Bon courage à toi. Car pour ma part, je n'avais pas de nain qui m'attendait à la maison, ce doit être bien difficile à vivre pour toi.
    J'ai raconté mes mésaventures ici : http://gameofmomes.fr/2013/11/saison-2-episode-14-celle-qui-a-vecu-une-menace-daccouchement-premature.html ( oui, habituellement je ne partage pas mes billets, car cela ne se fait pas) (mais je me suis dit que tu aurais peut-être besoin de lectures réconfortantes. Bisous !

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  11. Je suis un boulet. Je n'ai pas vu l'avant propos de ton article :(.
    J'espère que tout va bien pour ton petit poulet. Bisous.

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  12. Garde ton lardon au chaud le plus longtemps possible! Bon courage avec le programme TV, et donne nous des nouvelles!

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  13. Je viens de découvrir ton blog et je suis archi-fan ! :)
    Tu as une sacrée plume et je viens de m'enquiller au moins 10 articles :D
    Je viens de m'abonner à toi sur IG du coup j'ai vu que ton ptit lardon était né : félicitations !! (et bon courage pour les semaines à venir).
    Bon bé je file m'abonner sur HC pour pas manquer ton prochain article ! ;)

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  14. Bon courage ! Bientôt vous serez tous les quatre à la maison et l'hôpital sera loiiiiin derrière vous :)

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  15. Si ton lardon a hérité de ton humour et surtout de la force morale que je sens derrière cet article, il va surmonter cette épreuve haut la main ! Et sinon, pour donner des exemples encourageants, une de mes amies a eu un petit boy l'an dernier né à 20 SA qui a 18 mois maintenant et est en pleine forme (sans vaccin et avec homéopathie comme ta micro-naine), une collègue a mis au monde son fils à 7 mois et demi et il a réussi normale sup l'an dernier. On te donnera plein d'autres exemples. Courage, le plus dur, j'imagine, c'est la séparation et la peur...

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  16. tu es parfaite Vio, je t'envoie 4 000 tonnes de trucs bons et sympas!!!! et toi à à ton Lardon-Bis. Puis aussi à Pantoufle Man et ton Lardon. PArce que pour eux aussi , ça doit pas être du gateau. Allez, plein de gâteaus au chocolat virtuels rien que pour vous!

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  17. J'adore ton blog et ta façon d'écrire!
    Moi aussi j'ai connu les cortico mais à 21h... Mes jumeaux sont devenus fou et j'étais seule sur mon lit sans télé (pas eu le temps de prendre l'abonnement) jusqu'à 5h.. Mais quand enfin je me suis endormi, le personnel est venu me reveiller pour le petit dèj....

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Allons chaton, tu ne vas quand même pas sortir sans faire un bisou à ta vieille tata !

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