jeudi 27 février 2014

Seize ans.

Il est minuit. Un rayon de lumière en provenance du couloir traverse timidement l'épaisse atmosphère de ta petite chambre qui sent la mandarine. Sur la chaise à bascule, je te berce. Tu as fait un cauchemar et tes joues roses sont toutes mouillées, alors je te serre très fort et je te chuchote des bêtises que je voudrais drôles. Je vois tes yeux ronds comme des planètes, deux mondes qui brillent là dans le noir. Ta main serre mon pendentif en argent, ma croix de vie, comme à chaque fois que tu ne veux pas que je parte. Je connais ce signal, devenu si rare depuis quelques semaines, il veut dire "Maman, s'il te plait, reste". Alors je te promets : mes fesses resteront vissées sur ce fauteuil jusqu'à ce que tu n'aies plus peur. C'est le silence, l'appartement est vide. Les monstres ont déguerpi, nous avons pris le large au rythme des mouvements réguliers de notre radeau de fortune. Je voudrais t'entourer encore plus fort, avoir d'autres bras qui poussent, comme des lianes.

Il n'y a que toi et moi, sur cette chaise.

Soudain, dans la chaleur de notre câlin, je sens une vague. Une autre. C'est ton petit frère qui fait de la boxe sous mon pyjama.

Il n'y a que nous trois, sur cette chaise.

Tu es sereine. Tu frottes ton nez contre ma poitrine, tu remets ta tétine à l'envers et tu agrippe de nouveau ma chaîne. 

Tu t'endors et ton frère se réveille. 
Un cauchemar est parti et un rêve revient.

Quand j'avais seize ans, je regardais ton papa ébouriffé dormir à côté de moi, dans le bordel de son studio d'étudiant, et je songeais aux enfants que nous aurions plus tard. On en parlait déjà, tu sais. De toi. De lui. 

Jamais je n'aurais pensé que tout ce bonheur arriverait si vite, si fort, et surtout, jamais je n'aurais cru qu'il tiendrait tout entier dans un seul mètre carré, sur une chaise à bascule, au milieu de ta chambre, dans le noir, à minuit ce soir.




C'est tout pourri comme texte, mais j'avais envie d'écrire ça quelque part, vite, vite, avant d'oublier combien j'ai de la chance.

6 commentaires :

  1. Je le trouve magnifique ton texte médisante :)

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  2. Putain non c'est pas tout pourri ! Ça mérite d'être encadré au contraire !

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  3. Tout pourri ? On ne parle pas la même langue alors... tu m'as tiré une petite larme ma Violette (bon, j'ai une musique un peu gnangnan-romantique qui tourne en boucle sur Youtube aussi, ça doit aider T_T'). On est avec vous dans cette petite pièce, on a l'impression de ressentir cette plénitude que tu décris... C'est très fort. Jolie petite famille.

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  4. Tout mimi, c'est tellement niais d'être maman... et tellement bon aussi !

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  5. On doit pas avoir la même notion du "tout pourri"...
    sniff...

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Allons chaton, tu ne vas quand même pas sortir sans faire un bisou à ta vieille tata !

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