jeudi 17 octobre 2013

Tissus adipeux et glande mammaire.

En ce moment, c'est octobre rose, tu sais. Des régiments entiers de tétons engagés prennent le contrôle des blogs pour diffuser la bonne parole : fais-toi dépister, et causes-en à ta mémé. 

Fantastique. 

Moi je suis une rebelle de l'aréole, une fausse septique de la mammographie. Alors, même si on n'est pas en mai, fais bien ce qu'il te plait. Achète un Chantal Thomass qui coûte une blinde, fais un don à la recherche, va te faire écraser les mamelles entre deux plaques ou mange un mikado, c'est comme tu veux. Mais n'oublie pas d'envoyer une pensée chaleureuse à toutes ces femmes qui se battent chaque jour contre un vilain crabe, à soutenir celles que tu connais dans cette épreuve terrible. Et, éventuellement, à montrer tes seins sur ton blog.

Personnellement, mon 90F entre difficilement dans le cadre d'une photo, et en plus j'ai le décolleté timide. Alors je suis désolée, mais je ne te montrerai pas mon coin de dentelle ici. 

Mes seins, complexe n°1.

Bref. 

Par-dessus le marché, il parait qu'on est aussi en plein dans la semaine mondiale de l'allaitement. Imagine un peu la déferlante, des canaux lactifères sur la toile à ne plus savoir qu'en faire. Pour le coup, je vais pas me gêner  et y aller moi aussi de mon petit témoignage poignant. Attention, mon blog de maman entre dans la cour des grands. 

Je suis mille fois pour l'allaitement maternel, les petits pots bio, le co-dodo et le portage physiologique, toutes ces lubies de bobos-écolos. Mais j'ai complètement foiré mon expérience, en cumulant allègrement toutes les erreurs possibles. Et je vais t'en parler le cœur bien ouvert avec des pincettes, l'air de rien. Alors attache ta ceinture (ou tes bretelles) (ou mets un pantalon à ta taille, rho), c'est parti.






La divine crevette est née, elle est rose et bleue, elle est chaude et gluante, elle sent l'intérieur de toi, elle est magnifique. Peut-être qu'elle fait comme dans les films, qu'elle se hisse vers ton mamelon à la force de ses petits bras potelés. Ou peut-être pas. Toujours est-il que, si tu l'as choisi, et si les conditions te le permettent, à un moment donné elle finira pendue à ton sein. Pour les mois à venir, ton enfant sera ta clé usb, et je te garantis que pour le démarrage tu auras besoin d'un sacré processeur. 

1) Allaiter, ce n'est (vraiment) pas facile. Dans une société où on ne sait plus comment faire, il faut apprendre. Des autres, des pros, et de bébé. Avant c'était plus simple, les petites filles grandissaient entourées d'autres femmes allaitantes, elles voyaient comment ça se passait, elles étaient familiarisées avec la chose. Aujourd'hui, combien d'entre-nous ont vraiment observé une autre maman donner le sein, avant de devenir mère à leur tour ? Je veux dire, pas seulement du coin de l'oeil, à la dérobée, mais attentivement. Trop peu. Pas moi.

2) Allaiter, ça fait (parfois) mal. Mais genre très beaucoup, tu vois. Typiquement le genre de douleur dont tu n'as pas besoin, après neuf mois de grossesse et un accouchement. D'abord il y a la fameuse "première montée de lait". Presque 48h pendant lesquelles tu te retrouve avec les boobs d'une actrice porno (non, l'homme, recule calmement d'un pas et mets tes mains sur ta tête), à faire des petites gouttes partout. L'effet se rapproche en fait de ceci : un diablotin s'amuse à te gonfler les seins d'air brûlant à l'aide d'une pompe à vélo. Et quand ils sont sur le point d'exploser, tu auras beau crier "A l'aide, stop, ma peau va craquer", le bougre te rira au nez (et au téton). Heureusement, avec le temps, quelques comprimés de doliprane et une gant de toilette froid, ça passe. Tu pensais que c'était fini ? Taratata, grande folle. Ton amour de bébé est un enfoiré affamé. Nuit et jour, il va solliciter tes fragiles extrémités, t'obligeant à serrer les dents et à ravaler tes larmes pendant qu'il tire sur tes crevasses sanguinolentes pour se nourrir  Argh, vampire !

... Non, femme enceinte, reviens ! 
Je te promets que ce sera très rigolo. Après.

3) Allaiter, ça te bouscule la pudeur. Le nourrisson est un polisson : que tu sois en train de faire tes courses au Leclerc, de boire le thé chez tonton Gustave, de regarder Breaking Bad ou de tenter la brouette thaïlandaise avec l'homme, peu importe. L'enfant a faim, l'enfant est roi. Pour apaiser ses pleurs, rien de mieux que le lait chaud de maman, et l'odeur familière de son aisselle transpirante. C'est ainsi, c'est l'histoire de la vie. Prépare-toi à dégrafer ton soutien-gorge plus vite que ton ombre, et à ranger tes complexe derrières les produits ménagers, en haut de l'étagère, au fond de la buanderie, au bout du couloir, très loin. Pour allaiter, il faut apprendre à être à l'aise (et mettre une alèse). Et si tu n'y arrives pas, tant pis, tu peux pleurer, ça te donnera un air de femme fragile et ça entretiendra le baby blues dont personne ne t'a parlé, mais que tu t'es pris en pleine poire quand-même. 

Ou alors, tu as la chance d'être entourée de personnes formidables qui vont te soutenir et te conseiller, et ça va aller ma poulette, je te jure, tu vas t'en sortir, t'en fais pas, viens faire un câlin, là, tout va bien.

J'arrête la liste ici, parce que je ne veux pas être responsable de l'extinction de la race humaine, tu ne m'en tiendras pas rigueur, merci. Et sans transition, on enchaîne sur la partie la plus intéressante : l'allaitement c'est le bien, si, si.




Pour chacun des trois problèmes précédents, il existe des solutions. Si tu accouches dans une maternité, n'oublie pas que les gens qui portent des croc's dans le couloir sont tous des professionnels payés pour t'aider. Sages-femmes, pédiatres, infirmières, aides soignantes et puéricultrices ont l'habitude de répondre aux questions tordues des jeunes mamans. C'est pas toi qui va leur faire peur. Il ne faut pas hésiter à user de la sonnette autant de fois que nécessaire, pour que quelqu'un vienne t'aider à placer ton bébé, à mettre en place un coussin, te servir un verre d'eau, que sais-je. Et puis, une fois rentrée chez toi, il y a toujours la PMI qui est la pour te guider, ou la Leche League. 

1) La majorité des problèmes peuvent être résolus en adoptant une bonne position. Et je suis convaincue que ça dépend de chaque femme, de chaque enfant. Parfois, la position classique ne convient pas. Il faut en tester d'autres. Il y a presque autant de positions d'allaitement que de positions du Kama Sutra. Même si certaines sont inhabituelles, peu importe, tu es une maman rock'n'roll.

2) Quelques petits gestes simples peuvent sauver des vies de tétons. Par exemple, après chaque tétée, masse doucement ton mamelon avec quelques gouttes de lait, et ensuite applique une crème adaptée à base de lanoline. Moi j'ai utilisé la crème Weleda aux plantes médicinales, et elle a très bien fait son job, ceci dit il faut essuyer ses mamelons avant la tétée pour éviter que l'odeur déstabilise le bébé.

3) Si tu es épuisée et que tu te sens dépassée, n'hésite pas à confier ton bébé à la nurserie l'espace d'une nuit ou deux. Tu ne passeras pas pour une mauvaise mère, et lui ne t'en voudra pas. Si tu allaites, une infirmière viendra te rendre ton petit caramel le temps de la tétée nocturne, et repartira avec lui (et sa couche sale) juste après. Moi je ne l'ai pas fait, je croyais que j'étais Wonderwoman, et je le regrette. Il faut exploiter à fond toutes les opportunités qu'offre la maternité, si le besoin se fait sentir.

4) De retour chez toi, envoie valser les taches ménagères et fais-toi dorloter par ton compagnon, ta voisine, ton chien, peu importe. Au début, il faut que tu puisses te consacrer à ton bébé le temps nécessaire, et que tu mettes un point d'honneur à te reposer. Moi par exemple, quand ma fille avait la bonne idée de dormir, au lieu d'aller la rejoindre chez Morphée, je lisais un bouquin, je sortais me promener, je nettoyais mes chiottes ou j'écrivais des articles sur mon blog. Grave erreur. J'aurais dû aller m'échouer sur mon oreiller, et y rester. Le rythme dodo-tétée-couche-dodo va peut-être te taper sur le système rapidement, et tu risques d'étouffer dans ton quotidien, d'avoir l'impression de ne vivre que pour ton bébé, de ne plus être "toi", mais "la maman de". Le pire restera le moment où, un beau matin, tu vas croiser ton reflet dans le miroir et constater que tu as un trait de vomi sur l'épaule, et des cernes jusqu'aux genoux, entre autres joyeusetés. C'est pour ça que l'entourage joue un rôle capital les premières semaines (à tout hasard, le géniteur, tiens). Peu importent les carreaux sales et le panier à linge débordant.

5) A ce propos, n'hésite pas non plus à envoyer valser aussi les douze-mille connaissances qui viendront te féliciter à l'improviste. Tu n'as pas envie de les recevoir dans ce peignoir qui laisse entrevoir un bout de ton slip jetable, et tu n'as pas le temps de leur préparer des cupcakes pour le goûter. Que ce soit à la maternité ou de retour chez toi, indique clairement à tout le monde que tu ne vas pas dévorer ton bébé, et qu'il sera toujours aussi mignon dans deux semaines. Je ne te dis pas de faire l'oursonne mal léchée, mais juste de trier. Ta mère, ta sœur  oui, mais Micheline la voisine, plus tard.

6) Profite de ces instants, tout contre ton bébé. Observe ses yeux satisfaits, ses joues de hamster et ses petits poings serrés. Tiens, il est beau. Tu apprendras ses mimiques, tu comprendras ses appels, et petit à petit, au fil des mois, vous construirez un lien très fort. Vous serez complices, et ça n'a pas de prix. 

7) Ne prend pas peur durant les "poussées de croissance". Toutes les trois semaines, environ, il y aura un ou deux jours pas cool : ton petit canard laqué va pleurer toutes les larmes de son corps, ne se calmera que lorsqu'il sera accroché à ton sein, et du coup y passera la journée entière, comme insatiable. C'est normal. Tu as le droit de maudire Mère Nature, mais c'est normal. L'enjeu est simple : ton enfant grandit, il a besoin d'une quantité plus importante de lait, et il faut un peu de temps pour que ta production s'adapte. C'est tout. Pour aider, tu peux boire de la tisane d'allaitement. Moi, en plus, je trouve ça trop bon.

8) N'oublie pas qu'allaiter aide à se débarrasser des kilos superflus que tu as accumulés pendant ta grossesse, entre autres avantages fantastiques. Parfois, j'te jure, c'est un encouragement qui vaut plus cher que n'importe quel autre.



J'ai tenu trois mois et demi. J'étais découragée, déprimée. Ma fille faisait ses nuits, mais la journée je n'avais pas une minute à consacrer à ma pauvre tronche déconfite. En plus, j'appréhendais chaque sortie : me déshabiller à moitié devant des inconnus me terrifiait, donc je restais enfermée chez moi, à me morfondre. Avec le recul, je me dis qu'une belle panoplie de vêtements adaptés, un soin en institut et des copines joyeuses m'auraient certainement beaucoup aidé à accepter ce nouveau corps, et à apprécier ces moments de partage avec ma fille qui, franchement, est un bébé tip top.


Quelques heures après sa naissance... mate un peu comme j'ai l'air de galérer.


Aujourd'hui elle a presque six mois, mes seins tirent leur révérence, et c'est avec un goût désagréable d'inachevé que je dis adieu aux dernières gouttes de lait qui perlent sous la douche.

C'est une aventure intense, que je tenterai de mieux réussir la prochaine fois. 

En attendant, je me rattrape en passant des heures aux fourneaux pour lui concocter des petits pots maison, histoire de lui dire quand même "c'est maman qui l'a fait".

Si tu veux voir une autre photo, tu peux aller jeter un œil à ma participation à la "tétée du samedi" chez Mother Earth. 

Ah oui, j'oubliais.

En plus, le fait d'allaiter participe activement à lutter contre le risque de cancer du sein.

Le monde il est beau. 


La boucle est bouclée.




4 commentaires :

  1. Mille fois merci pour cette article... cela fait des jours que je recherche des informations VRAIES sur l'allaitement, des témoignages, des forums ou autre. Rien ne vaut un article d'une nana géniale, qui sait écrire, avec humour et sincérité, sans tabou aucun, et toujours dans la bonne humeur. Ton bébé a de beaux ch'veux dis donc Violette :-). Et dis donc, t'as pas fini de mentir en disant que tu as pris du poids pendant cette première grossesse ? C'est quoi ces mini-quilles à 6 semaines post-partum à St Malo :-P

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    1. J'ai pris 13kg pour la grossesse de la micro-fille, que j'ai eu la chance de perdre quasiment instantanément après mon accouchement (grâce à l'allaitement en grande partie je pense). Par contre, depuis j'ai repris pas mal de poids à cause d'un baby blues magistral et des tablettes de chocolat-doudou. Et c'est pas maintenant que je vais pouvoir entamer un régime.

      Tu as l'intention d'allaiter alors ?

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    2. Oui complètement, je rêve d'allaiter et me bats pour que mon taux de fer remonte de manière phénoménale pour l'accouchement afin d'éviter de tomber en pièces ^^. Tes conseils sont donc précieux !
      13kg ça va, ce n'est pas énorme. Moi je me suis pesé il y a une semaine et j'étais à 61,8kg (en temps normal c'est 54kg) déjà presque 8kg, oui...alors que je n'entame le 7ème mois qu'à la fin de la semaine.
      Le baby-blues ne s'est pas transformé en dépression par la suite ? Parce que quand ça dure plus que quelques jours, ce n'est pas un "simple" BB-blues il me semble...

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  2. J'aime bien tes articles, amusant a lire et pleins de bons conseils :)

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Allons chaton, tu ne vas quand même pas sortir sans faire un bisou à ta vieille tata !

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