jeudi 11 juillet 2013

Tout doit brûler.

On avait tout planifié. Notre jolie vie dans la vallée, loin de tout, proche du reste. Notre petite maison aux volets rouges, avec des fleurs qui agonisent sur le balcon et du chocolat au petit déjeuner. Je promenais mon nombril près du poêle pendant que tu jouais de la guitare, on était les Ingalls. On avait pensé à tout. Je reprendrais mes études, on achèterait un four. Ton roman serait édité, je te tricoterais une écharpe. On aurait des poules et un vieil âne. Et un chien qui aurait un nom classe. Je collectionnerais les petites cuillères, tu ne me parlerais pas d'hier. On ferait le tour du monde avec des sacs a dos, on serait des escargots.

On jouerait. On jouerait à se reconstruire.


Aujourd'hui j'ai failli tout foutre en l'air. Ton corps abrite à la fois l'homme qui m'a brisée et celui qui m'a recollée. Je t'en veux grand comme la lune.

Je t'aime grand comme le soleil.


Pourtant je suis partie, je t'ai laissé pleurer sur le pas de la porte, j'ai abandonné mon enfant dans tes bras si forts et si faibles à la fois. J'ai pris ma petite voiture de sport, nerveuse et cassée comme moi. Et j'ai filé, presque tout droit dans notre vallée. Elle était devenue moche, soudainement, notre vallée. J'ai hurlé comme une chienne, une putain de chienne blessée. J'ai senti mes joues se défaire de ma mâchoire et s'envoler par la fenêtre, ça fait un mal... de chien. Il faisait chaud comme en Enfer, j'étais moite de colère et de douleur, moite comme après l'amour. Est-ce que nous en étions vraiment arrivés là : après l'amour ? J'ai raconté ma peine au boulanger de la ville voisine, "Vous fumez Mademoiselle ? Je peux vous passer une cigarette si vous voulez." Non merci Monsieur, vous savez je ne fume plus depuis un an et demi, je suis forte hein, j'ai arrêté d'un coup, pour une nouvelle vie, pour des promesses, pour l'avenir. J'ai arrêté par amour. 

Vous avez un briquet ?


Trois jours que je dors sur le canapé, dans cette chambre qui aurait dû devenir celle de notre fille. Plus tard. Mais il n'y aura jamais de plus tard. C'est trop tard. Je brûle dedans. Je rentre et je m'évanouis dans tes bras, mon estomac est descendu dans mes genoux qui cognent le carrelage froid. 

Je me sens vide.


Tes mots résonnent dans ma poitrine creuse. Justement il va falloir raisonner, partager. Tout séparer, les livres, les chats et l'enfant. Elle aussi, on va la couper en deux. Tu t'effondres. "Ne pars pas." 


Si. Je pars. Ce n'est pas moi ton héroïne.

Je suis malheureuse comme un pou, c'est de ta faute, la faute à ces souvenirs que tu ne m'as jamais offerts, la faute à cette solitude et à ce manque qui ont fait de moi l'ogresse que je vois dans le miroir. Prête à dévorer. Affamée. Affaiblie.

Affreuse.

Non. Je ne peux pas partir. C'est toi mon héroïne.

Je me sens vide.

Reviens vivre dans ma coquille.


2 commentaires :

  1. Il s'est passé quelque chose de grave, chou? é.è

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  2. Bah mince alors! c'est triste de te voir déprimer comme ça! je ne te connais pas mais je t'aime bien, alors si je peux faire quoi que ce soit...
    Je t'envoie plein de courage

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Allons chaton, tu ne vas quand même pas sortir sans faire un bisou à ta vieille tata !

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