vendredi 29 avril 2016

Bye bye bébé

J'ai effacé ce billet par erreur. J'ai été très en colère, et frustrée. Mais finalement c'est mieux comme ça. J'ai voulu tout réécrire mais je ne me souviens plus des jolies tournures et des métaphores. Je ne m'en souviens plus, parce qu'au fond je m'en tamponne le steak. Maintenant il est deux heures du matin, j'ai un vampire en turbulette ventousé au sein, et je suis crevée comme un vieux pneu de tracteur abandonné. Contrainte de rédiger à l'aide de mon unique index gauche alors que je suis droitière. 

Tant pis pour la syntaxe et la poésie. J'ai pas besoin d'elles pour t'écrire tout ce que tu sais déjà. Ma Naine, mon chameau, ma puce, ma petite, ma grande, ma belle, ma fille. Aujourd'hui tu sais dire "putain", enfiler tes collants à l'endroit, et débarrasser le lave-vaisselle. J'ai l'impression d'avoir accouché hier.

Mais je ne dirai pas "ça passe trop viiiite". Parce que non. Le temps ne m'a pas filé entre les doigts, ce n'est pas vrai, et ce n'est pas possible. Depuis toi, avec toi, le temps est si dense et intense, si épais et consistant, qu'il ne peut pas filer entre les doigts. 

J'ai pris ces photos hier, pendant une balade toutes les deux, autour du pâté de maisons. Je trouve qu'elles sont parfaites parce qu'elles ne te trahissent pas. Elles sont simples et sans chichis, à l'image de la vie que tu nous offres depuis trois ans.








Tu es mon enfant sauvage. 
Sauvage, c'est le mot joli pour dire que t'es tout le temps crade de la tête aux pieds, que tu pues, mais que t'es belle quand même. 

Je t'aime à m'en faire péter les boyaux. Toi et ta dégaine de plouc des années 80, tes boucles emmêlées, tes joues roses, tes yeux indécis, un jour verts, l'autre bleus ou gris, et ton sourire qui allume les miens.





Joyeux anniversaire.
(Insérez ici guimauve qui colle.)
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dimanche 17 avril 2016

Les tétons flingués

J'ai allaité mes trois enfants, jusqu'à quatorze mois pour le Lardon, je pensais faire partie du club très fermé des connasses qui savent tout sur tout et qui sont capable d'écrire des sagas en douze volumes sur leurs nichons pleins de lait. Sauf que, bien entendu, la Nature a eu envie de me rappeler (encore) qui c'est me patron ici bas, en m'envoyant une nouvelle épreuve jusqu'alors quasi-inconnue pour moi : les Crevasses. Tu remarqueras comme ce mot ressemble à Connasses, d'ailleurs. (Je sais toujours pas qui est le putain de patron ici bas, cela dit. Juste que c'est clairement pas moi.)

Bref, je souffre et j'ai besoin de tes conseils avisés lecteur (enfin surtout toi lectrice pour le coup). J'ai déjà eu des crevasses par le passé, notamment avec la Naine (premier gosse, premier allaitement, normal). Je serrais les fesses au moment de la mise au sein, mais petit à petit, en rectifiant la position du vampire bébé, et en vidant mon tube de lanoline, c'était parti tranquilou.

Photo d'une des toutes premières tétées de la Gagotte en néonat, prise par Romy.

Cette fois-ci c'est différent : je douille ma race (pourtant je viens de pondre sans péridurale, je sais désormais parfaitement ce que ça veut dire mourir de douleur) et je pisse le sang. Mon lait est donc rose, c'est le seul truc funky de l'affaire. La lanoline ne suffit pas à me soulager, depuis une semaine je souffre chaque jour davantage en serrant les dents. Cette nuit j'ai pleuré comme une pauvre petite chèvre dépressive et abandonnée, à chaque tétée, sous le regard médusé et impuissant de la Pantoufle.  Tout ça pour ne pas céder à la tentation du biberon. 

Aujourd'hui j'en ai marre de jouer à Chuck Nourrice. 

Hors de question de subir ça plus longtemps, au risque d'aller moi-même me couper les seins aux ciseaux Maped pour clore le chapitre. Mais je refuse d'abandonner cet allaitement (mon troisième, bordel !) sans avoir tout tenté avant.

Ceci n'est pas un vrai billet.
J'ai juste besoin de conseils, d'astuces, et de poudre de licorne albinos à paillettes, parce que PUTAIN j'ai MAL. Et surtout j'ai les-boules-les-glandes-les-crottes-de-nez-qui-pendent (spéciale dédicace à toi l'enfant des années 90), parce que ça ne se passe pas du tout comme prévu dans mon plan spécial conquête du monde article 145 alinéa 6. Je n'ai signé nulle part pour foirer cet allaitement.

Selon moi, la Gagotte prend le sein correctement, elle ouvre grand la bouche, a les lèvres bien ourlées, et déglutis clairement à chaque gorgée. Et d'ailleurs au départ on n'avait aucun problème. Est-ce que ça pourrait avoir un lien avec le muguet pour lequel elle est actuellement traitée ? (ça aussi c'est nouveau pour moi : aucun de mes aînés n'a eu de muguet avant)

Je suis paumée du nichon.

On est dimanche, je reviens de la Pharmacie de garde avec une paire de bouts de seins en silicone, en espérant que ça m'aide, mais j'suis pas convaincue : après un premier essai, même si j'avoue que c'est "moins si pire" comme dirait la Naine, j'ai toujours autant envie de bouffer mes chaussons pour m'empêcher de gémir. En même temps, ces choses sont vendues sans mode d'emploi, alors si ça se trouve je m'en sers pas correctement (m'enfin je suis pas un dindon lobotomisé non plus, ça me semble pas sorcier). Ou alors j'ai pas pris la bonne taille (y a des tailles pour ça ?), ou il en existe des meilleurs, dans d'autres marques, je sais pas.



J'ai aussi acheté une tétine pour tenter de berner la Gagotte dans les moments où elle cherche juste à tétouiller pour se rassurer (c'est un besoin encore plus important chez les bébés prématurés). Pour le moment elle refuse de la prendre, la bougresse, et préfère mon index (à défaut du sein, puisque j'ai décidé d'arrêter d'être maso, n'est-ce pas).

Voilà. Pitié, si t'as vécu ça et que t'as réussi à te soigner, dis moi comment, combien de temps ça a pris, et combien de meurtres tu as commis avant que la situation redevienne supportable. Ne me dis pas d'aller consulter le site de la LLL par contre, c'est évidement déjà fait. 

Merci d'avance.



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lundi 11 avril 2016

Hors cadre

Je ne vais pas vous raconter ce qu'il y a sur ces photos. Vous êtes des licornes magiques très intelligentes, vous n'avez pas besoin de mes commentaires pour y lire l'amour, les nœuds dans les cheveux, la tendresse, la folie, les nichons qui dépassent, le rire, la bave, la gêne, et même une pointe de couteau de glamour (surtout moi, faut dire) (je SUIS glamour par essence, comme vous le savez). Tout ça, c'est parce que la photographe a été assez talentueuse pour capturer, même dans le cadre neutre d'un studio, tous ces ingrédients qui font ma famille.

Aujourd'hui je ne vais pas causer beaucoup (rapport au fait que j'ai pas le temps, je suis trop occupée à m'auto-poser un stérilet en barbelés avec les dents) (quelqu'un me rappelle pourquoi j'ai décidé de faire trois mômes rapprochés, essevépé ?). Je ne vais pas causer beaucoup mais je vais te balancer une avalanche d'images (j'ai eu trop de mal à écrémer ma sélection, prépare toi à avoir une tendinite de l'index à force de scroller) et te raconter tout ce qu'elles ne te montrent pas.



On a débarqué avec nos douze sacs remplis de tenues diverses et variées, de compotes et de maquillage. Pendant que j'étais en train de surmonter une dépression à cause du choix de ma robe dans la pièce d'à-côté, et que La Pantoufle cavalait derrière son fils pour lui enfiler sa couche propre, près de la fenêtre la Naine s'est prêtée au jeu des essais afin de permettre à Romy d'effectuer quelques réglages (on voulait de la lumière naturelle pour cette séance). 



J'ai finalement choisi entre mes quatre robes noires celle qui s'accordait le mieux avec mon teint de cadavre congelé trempé dans la javel ; celle avec la manche en dentelle. Je me disais que l'asymétrie de la coupe, avec ma couronne de fleurs en plastoc made in China, ça me donnerait un petit air de nymphe des bois. Raté : on dirait juste Morticia Addams au festival de Coachella. 




Cette photo du Lardon en particulier me rappelle une autre, prise au même endroit l'année dernière (vous pouvez la revoir ici). Sauf que l'année dernière il était en train de m'arracher le piercing avec ses incisives le bougre. Entre-temps heureusement il a appris à faire de vrais bisous.



Ne cherchez pas, il ne sourit sur aucune photo. Ce môme est fascinant : dans la vraie vie c'est un véritable clown rieur, mais dès lors qu'on dégaine un appareil photo y a plus personne. Il prend son légendaire air de carpe sous acide, et démerdez-vous avez ça les adultes.  



La famille Ricoré je vous dis. Tu remarqueras qu'en plus des fleurs sur la tête, j'ai sorti les chevrons et les motifs aztèques (on n'est jamais trop fécheune), et tenté d'assortir tout le monde (sauf moi donc) grâce à un rappel de bleu. 



Pour faire quelques photos de notre couple, Romy a pris sur elle, laissant mes gosses détruire son studio, renverser la poubelle et vider ses bocaux de bonbons sans broncher. 






"Prenez l'air amoureux... Faites comme si j'étais pas là... Ah non en fait, pas trop, NON, il ne s'agit PAS de faire le quatrième gosse ici et maintenant... BON, ayez l'air MOINS amoureux finalement. Ouais voilà." 



Cette photo pourrait faire partie du dossier des "ratés" de la séance, pourtant c'est de loin ma préférée. Y a même les doudous. Manque plus que l'aspirateur. 



J'avais vu une photo similaire sur le site de Romy, et je voulais vraiment essayer d'avoir la mienne : mon ventre, notre bébé, entouré de toutes nos mains. On a galéré comme des galériens pour obtenir un truc potable avec les deux morveux qu'en pouvaient plus (évidemment personne n'avait fait de sieste ce jour-là, ça aurait été trop simple sinon), et d'ailleurs Romy a dû faire un montage de plusieurs clichés pour obtenir ce résultat mais... je l'ai eue ! Ma photo caprice.



Cette série de photos avec ma Naine est particulièrement émouvante pour moi. A cause des complications de ma grossesse, je n'avais pas pu porter ma fille dans mes bras depuis plusieurs mois... Elle était tellement contente qu'elle n'a pas arrêté de me faire des bisous et des câlins, et qu'elle ne voulait plus me lâcher. On a vraiment vécu quelques minutes de magie toutes les deux. Si t'avais été là, t'aurais chialé aussi.







En découvrant cette photo, j'ai découvert également qu'il était possible d'avoir de la cellulite sous les bras. PERSONNE NE ME DIT JAMAIS RIEN BORDEL. 




Ces photos de nous deux sont belles parce qu'elles véhiculent une certaine idée de la sérénité (concept dont j'ai oublié la teneur depuis 2013, cela dit). Dire qu'hors cadre, les enfants se roulaient par-terre à nos pieds en hurlant...  







Au cas où tu te demanderais, je préfère te le préciser ici en toutes lettres et en majuscules : effectivement, TROIS GOSSES EN TROIS ANS ET ZÉRO VERGETURES pow pow pow. Je suis une connasse intergalactique, mais pour le coup j'estime que je mérite bien cette petite faveur de la Nature. 




Oh, et au cas où t'aurais oublié combien j'aime me foutre à poil devant des milliers de personne, hein, voici une piqûre de rappel.







Voilà ! Alors ? Hein que maintenant, toi aussi t'as envie de venir dans le Sud-Ouest exprès pour te faire capturer la tronche par Romy ! Avoue.

Merci ma poule pour tous ces superbes souvenirs de ma dernière grossesse immortalisés in extremis deux jours avant que je sois hospitalisée

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Bon. Et puisque je n'arrive pas à m'arrêter, je vous laisse aussi quelques photos ratées et non retouchées, que Romy m'avait fait la surprise de glisser dans les dossiers de la clé USB, accompagnées de ses petits commentaires. J'ai honte de rien ma petite dame.
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La valse des culottes

Mardi 15 mars 2016.
33SA+6.

Dehors il faisait beau, les oiseaux chantaient, cui cui, je me suis assise au bord du lit, à poil, avec une tâche mouillée sous le cul. Quelques petits centimètres de diamètre sur le drap housse, pas assez pour faire flipper la multipare azerty que je suis. Je me suis juste dit que, quand même, j'avais des pertes vaginales de mammouth ce matin. La sage-femme libérale devait passer à la maison à 8h30 pour ma séance hebdomadaire spéciale mère-prête-à-pondre (monitoring et examen clinique classique dans le cadre d'un suivi de M.A.P.), du coup j'ai enfilé ma culotte en coton préférée et me suis concentrée sur d'autres occupations autrement plus importantes, en attendant : le dosage du chocolat en poudre dans mon lait d'avoine du petit déjeuner, par exemple. 
● 09h45. Aucune contraction, rythme cardiaque fœtal parfait, utérus souple. La sage-femme est repartie lestée de sa lourde valise pleine de matériel, et m'a lancé en souriant depuis le pas de la porte "Tout va bien aujourd'hui, soyez tranquille." J'étais ravie. On avait dépassé le terme auquel était né le Lardon (33SA+3), j'avais enfin eue ma séance photo de grossesse en famille chez ma pote photographe Romy, et, truc de dingue, je venais de passer trois nuits complètes sans la moindre contraction pour me tirer du sommeil en serrant les dents. Autant te dire que ce matin-là, psychologiquement, j'étais dans des petits chaussons en velours doublés en poils de licorne. Convaincue qu'enfin j'avais payée ma dette à cette pute de Nature, et que le Grand Ordre Mondial de l'Univers allait me laisser mener cette dernière grossesse à terme, pépouse. 

● 11h02. Ma culotte est mouillée. Les mois sans faire goulou-goulou dans la case et la Pantoufle qui traverse alors la cuisine en se grattant les couilles à travers son pyjama n'y sont pour rien. Je décide d'aller prendre une douche.
●11h27. La couenne propre et sèche, j'enfile une nouvelle culotte avant d'avertir le père de mes enfants que des choses curieuses sont en train de se dérouler dans mon pantalon. "Juste au cas où", je lui dis. Il me demande pourquoi diantre je n'en ai pas parlé à la sage-femme tout à l'heure, ce à quoi je ne sais pas quoi répondre. 
● 13h20. Comme chaque midi, on boit notre café à table au milieu d'un foutoir incroyable pendant que les mômes font la ronde en beuglant autour de l'aspirateur. Comme chaque midi, on discute tranquillement des affaires courantes du foyer en faisant porte-voix avec nos mains autour de notre bouche. Puis on rit de notre situation, et de notre folie. 
● 13h22. Je me marre comme une grue avec des moustaches de café bio au coin des lèvres quand soudain un liquide chaud me coule entre les jambes. Mon sourire tombe par terre et je me lève d'un bond en baissant mon pantalon, envoyant ma chaise valser du même coup. Cette fois j'ai peur. C'est l'horrible sensation que je connais trop bien : celle du sang qui évacue les espoirs entre les cuisses, sans prévenir. La Pantoufle se fige et les enfants se taisent : "Qu'est-ce qu'il se passe ?!". 
● 13h23. Soulagement immédiat. Ce n'est rien. Il ne se passe rien. Je suis simplement en train de me pisser dessus comme une mémé. "Je suppose que c'est normal à ce stade de la grossesse, après trois enfants rapprochés et avec un bébé déjà bien bas", je dis. Je change donc de culotte, encore, et cette fois j'ajoute une protection hygiénique.
● 15h37. Je trouve quand même que j'ai pas de bol. Je viens de changer ma couche (ouais je sais, je suis livrée avec le pack Sexy2.0 complet et le patch "Langage de Charretière"), l'idée de devenir incontinente à 24 ans m'intéresse moyennement. Et puis tout bien réfléchi, ça ne ressemble pas à du pipi : ça sent rien et c'est transparent. Je ne suis pas teubé, je sais bien que je suis probablement face à du liquide amniotique. Mais je reste intellectuellement bloquée : je refuse d'avoir la poche des eaux fissurée. Je refuse. Donc ça n'existe pas.
● 16h06. Je décide malgré tout de réaliser un test déniché sur Internet au fin fond d'un forum douteux, dans une conversation en langage SMS datant de 2004 : Il s'agit de me vider consciencieusement la vessie aux toilettes puis d'attendre dix minutes en restant debout : si quelque chose coule dans ce laps de temps, c'est forcément du liquide amniotique, d'après l'expertise de Karinette-du-34. Je sens trois gouttes qui dégoulinent, rien de fou. Je suis pas bien sûre. Et puis c'est l'heure du goûter. 
● 17h17. Soit j'ai des fuites urinaires mais mon pipi est magique : il ne sent rien. Soit j'ai des fuites de liquide amniotique. Le doute n'est plus tellement permis, je le sais, mais j'évite d'affoler les troupes et je décide d'attendre jusqu'au soir. Je m'autorise à croire encore quelques heures que je vais réussir à aller à terme, et que j'ai juste un périnée de retraitée. 
● 17h51. Je n'ai plus de serviettes hygiéniques qui traînent au fond de mes tiroirs (pour rappel, je suis de la TeamCup). Je me rabats sur un tas de protèges-slips ultra-fins sortis d'on-ne-sait-où.
●18h30. J'ai rédigé la liste des choses qu'il manque dans ma valise de maternité, avec des petites cases que je coche au fur et à mesure. La Pantoufle n'arrête pas de me demander ce que je compte faire, comment on s'organise, et si je veux qu'il appelle une ambulance ou la NASA. Je réponds invariablement "On va voir. Attend." et il lève les yeux au plafond. A partir de ce moment-là on évite le sujet et on gamberge bêtement chacun dans notre coin.
● 19h11. Je change de culotte et de pantalon. 
● 19h12. Mon cerveau décide que c'est fini les conneries, il est temps d'être logique : je perds les eaux, point. Je suis triste. 
● 19h42. Les mini bougres ont mangé. On les change, on les met en pyjama, puis leur père monte les coucher tandis que je range la cuisine comme un automate. 
●20h17. Ma valise est bouclée. J'ajoute mon ordinateur et mon coussin d'allaitement, des magazines et un paquet de biscuits ultra caloriques bourrés de chocolat et d'huile de palme pas bio du tout. Je n'ai toujours aucun autre signe de travail : pas de contraction, pas de douleurs, pas de sang. Rien, quedalle, merde, ce jour aurait pu être putain de normal. 


● 20h38. J'ai déjà vécu ça, j'y suis préprée. Je sais qu'il va falloir que je parte, mais je ne sais pas quand je vais rentrer. Dans quelques semaines, peut-être un mois. Ou plus. Peu importe, ils vont me garder. Ma seule certitude : je reviendrai ici avec mon bébé Gagot sous le bras. Je ne veux pas partir. Je dis à la Pantoufle "C'est pas pour une heure de plus, au point où on en est... prépare-moi un bon repas s'il te plait." Il improvise des rondelles de courge butternut poêlées à la sauce soja pour accompagner un reste de soupe. Simple, rapide et bon. Je m'en souviendrai toute ma vie.
● 21h04. Pendant que je mange, il charge le coffre de ma voiture. Hors de question de trimbaler les enfants aux Urgences, j'ai décidé de partir seule. L'hôpital n'est pas si loin, je me sens parfaitement en état de conduire et je connais mon corps : je sais que je ne vais pas accoucher aujourd'hui. 
● 21h37. Moment de panique, je papillonne dans la maison d'une pièce à l'autre en pleurant parce qu'il reste une montagne de linge sale à laver, parce que je voulais emmener les enfants à la piscine, parce que je ne verrai pas la première chasse aux œufs du Lardon, parce qu'on n'a pas encore aménagé un coin pour ce troisième gosse, ni commandé son berceau, et qu'il n'a même pas de doudou. Parce que je suis pas prête bordel.
● 21h54. Je me ressaisis et file m'habiller confortablement : leggings pour le côté pouffe et cape en laine pour le côté wondermum. 
● 22h12. On se fait des câlins dans le jardin, je dis "T'inquiète pas ça va je gère on s'appelle.", puis je m'installe sur la serviette pliée en quatre sur le siège conducteur et j'allume les phares.

J'ai conduit dans la nuit en vidant mes poumons de larmes et en chantant à tue-tête tout le répertoire des karaokés pourris en bord de plage l'été, ceux où trois mémères fripées se battent en duel sur des chaises en plastique bouillant pour choper le micro du GO avant les autres. J'ai conduit quarante minutes avec une pause au milieu pour respirer l'air humide par la fenêtre et savourer un peu les derniers instants de ma grossesse en dehors des murs de l'hôpital. Je me suis sentie infiniment seule au départ. Puis j'ai réalisé que je ne l'étais pas.

J'ai été prise en charge à la maternité dans laquelle j'avais prévu d'accoucher. Mais étant donné le stade de ma grossesse, on m'a transférée dans la nuit dans une maternité de Niveau II. La plus proche de chez moi (Bordeaux) était débordée cette nuit-là, alors à défaut de place on m'a emmenée à Agen avec ma montagne de sacs et de valises.

Je me suis donc retrouvée à 4h du matin dans un autre département, en train de remplir un dossier dans une chambre d'hôpital aux murs jaune pipi dilué.

Le Gagot voulait être un Pruneau.



Je vous raconterai la suite bien vite. Faut absolument que je vous parle de cette drôle d'attente à l'horizontale, du type qui dessinait des vagues dans la purée et du hashtag #JeSuisColDeLUtérus. Mais là j'ai pas le temps, il faut que j'aille délivrer le Lardon des griffe d'un abominable monstre de morve, puis reposer ma main gauche endolorie qui vient de taper seule ce billet tandis que la droite maintenait le fameux Pruneau âgé de trois semaines au sein.
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lundi 28 mars 2016

Couper le cordon (avec des ciseaux émoussés)

Mon bébé né trop tôt, mon escargot, 

Ce matin je suis sang, sueur et larmes dans mon lit. De fer et de sel. Mère liquide qui coule. Je dégouline dans mes chaussons et je me lève. Ça tourne. Huit de tension madame. Attention. Ça tourne. Ça tourne mais pas très rond. Je connais la chanson. Je suis une coquille vide en pyjama qui se transporte dans les couloirs. Un café, l'ascenseur, la blouse, le masque. Soins intensifs. 

Tu es là. 

J'écris Tu, pourtant c'est Moi que je vois, là. 

Ma chair, mon enfant. On te pose sur mes seins. Toi contre moi. Toi avec moi. Je retrouve enfin l'équilibre, le poids manquant, l'intégrité. J'arrive pas à m'arrêter de pleuvoir. C'est le moi(s) de mars. C'est de la peur, de l'amour, et de la colère. Soudain je déteste les ventres qui tournent rond dans les couloirs, je suis jalouse et sèche. Cassante et cassée. C'est mon nombril que je déteste. Il a la forme d'un sourire, ton père le trouve mignon. C'est parce qu'il a été recousu un jour, obligé de sourire pour la vie. Avant il n'était pas comme ça, il était plus sérieux.

Mais toujours traître.

Sous mon nombril, le chantier, ta maison. Je suis ta maison. Je suis un mur pour te protéger, une fenêtre pour t'éclairer et une porte pour t'échapper. M'échapper. Je suis un toit. Je suis toi.

Mon bébé sous mon t-shirt, je ferme les yeux et on n'est qu'une. Encore un peu, juste un petit peu. Une toute entière, une qui ne saigne pas et ne pleure plus. On est bien. On oublie. Jusqu'à ce que la nuit tombe comme je me lève, que je prenne l'ascenseur, que je redescende. Jusqu'à ce que j'enlève ma blouse. Et mon masque. 

© Romy.

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