mercredi 7 février 2018

Bière, curcuma et chocolat

Je lis le blog de Camille depuis des années. D'abord elle a écrit sur sa vie d'instit parisienne, de jeune femme, puis de maman. Un jour de 2016, avec Benoît son amoureux, ils ont tout plaqué. La maison, le boulot et le chat. Ils ont pris leurs deux gosses sous le bras et ils sont partis sillonner les routes du monde en camping car. Quand j'ai appris ça, ma mâchoire est tombée sur mon bureau, et mon cœur a fait deux saltos de joie avant de la rejoindre à côté du clavier. J'étais excitée de suivre leurs aventures, et surtout ravie de voir des gens qui se jettent à corps perdu dans leurs projets, même les plus fous. Ça fait du bien. C'est vrai qu'ils sont un peu fous Camille et Benoît mais ils ne mangent pas les humains donc ça va. D'ailleurs, ils ne mangent pas non plus les moutons, ni les cochons. Ni les canards, ni les soles. Ils sont végétariens, un peu vegan, un peu bobos... et un peu impressionnants, vu de loin.

Vu de près, ils sont mignons et rigolos, et même pas coiffés. Je peux te le dire puisque Benoît a dormi comme une souche narcoleptique dans le lit du Lardon pendant que Camille me prenait en photo en train d'orchestrer la préparation d'un gâteau au chocolat par tous nos enfants réunis.

Pendant trois jours on s'est couchés le matin et on n'a pas beaucoup dormi, on a bien bu, on a bien ri. Autour de notre grande table scandinave rafistolée il n'y avait aucun tabou, aucune gêne (mais beaucoup de miettes et du riz collé).







Lève la patte si tu te souviens de ce direct Instagram, objectivement le plus débile de France et de Navarre depuis l'avènement du petit Jésus recouvert de méconium. 








C'était chouette, et je suis très heureuse de croire que toute cette joie est en partie due à Internet, à ce blog, et à tout ce qu'on échange ici ou là. Vous, moi, et eux.

Il va sans dire que je vous conseille chaudement la lecture du blog de Camille et Benoît : Melmelboo Voyage. Ils font des photos superbe, et ils ont beaucoup de choses à raconter qui méritent d'être entendues.

Vous reviendrez me dire ce que vous en pensez.

En attendant, je léchouille amicalement votre nez gelé.


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jeudi 7 décembre 2017

Les loisirs créatifs préférés de mes mômes

J'aime beaucoup jouer avec mes enfants, je m'amuse à inventer des scénarios d'histoires dans les cabanes de draps que la Pantoufle leur construit au milieu du salon. Dans ces moments rares, j'ai l'impression de me reconnecter avec la petite fille que j'étais, et ça me fait du bien. 

Maintenant, clairement, y a aussi des moments où j'ai besoin de me reconnecter avec autre chose. La vieille bique que je serai dans 50 ans, par exemple. Et dans ces moments-là, je confie mes enfants aux bons soins du lapin le temps d'aller chercher leur boîte de loisirs créatifs nichée en haut de l'étagère du salon. C'est quoi ? C'est juste un panier en osier rempli de toutes les bricoles que je glane ici et là, qu'on nous offre et qu'on oublie. Principalement de la peinture, de la pâte à modeler, des gommettes, des feutres, un vieux bout de biscotte des pochoirs, etc. Bref, des loisirs créatifs. On a tous une boîte comme celle-là chez soi, non ? Sauf que les parents cools la laissent à portée, et que moi je la planque pour les jours de pluie et les soirs de flemme. 

A force de pondre des gosses je commence à être un peu entraînée et j'ai pu dégager un top 3 de leurs activités préférées et NON SALISSANTES. C'est important. Vraiment. Hashtag cernes jusqu'au nombril. Hashtag purée de carotte sur le mur. Hashtag corde bien tendue. 


1. Les mosaïques en mousse 

Hyper faciles à prendre en main, c'est probablement LE truc qui leur fait le plus plaisir en ce moment. On en trouve désormais partout, même dans les grandes surfaces, de toutes les tailles et sous toutes les formes, pour tous les âges, et à tous les prix. Ma préférence va aux mosaïques de la marque Djeco, qui ont le bon goût de ne pas complètement flinguer ta déco lorsque tu les affiches au mur. J'avais aussi craqué pour la pochette de mosaïques "Dans la nature" éditée chez Auzou, qui propose trois tableaux de grande qualité dont les illustrations me plaisent énormément.




Mosaïques Djeco.
Mosaïques Auzou.


2. Les gommettes

Grand classique. Si ton môme n'aime pas les gommettes, je t'invite à m'écrire un petit mail pour me raconter ta vie parce que ça m'intéresse. Je veux dire, même moi j'adore ça. Et en matière de gommettes, ma palme d'or personnelle revient à la marque Poppik. Je suis très fan de leurs fresques décoratives pour les petits, testées et approuvées par ma bande de lutins domestiques, et je les recommande à mes amis les yeux fermés. Leurs trois gammes proposent tout un tas de jolis posters pour les enfants de 3 à 112 ans, ça fait un cadeau de Noël original et pas trop cher. Le plus bel argumentde Poppik selon moi, c'est que tous les tableaux sont suffisamment grands pour occuper plusieurs enfants ensemble, plusieurs heures, sans qu'ils ne se montent dessus comme des fourmis enragées. Je valide.



Gommettes Poppik.

3. Les puzzles

Ce ne sont pas des activités créatives à proprement parler, mais des activités éducatives. Cela dit, je classe les puzzles dans la même catégorie que les mosaïques en mousse et les gommettes parce qu'ils favorisent le même type de comportement : concentration, calme; et satisfaction devant l'œuvre achevée. Je n'ai aucune action chez Djeco, pourtant ce sont encore des produits de cette marque qui remportent le plus de succès auprès de mes enfants. Les illustrations sont toujours réussies, et les boîtes robustes et colorées attirent toujours leurs regards dans les rayons des magasins. La Plus-Tellement-Naine termine sans difficulté la gamme des puzzle 54 pièces pourtant estampillés 5 à 7 ans, tandis que mon Lardon prend son temps sur les puzzles de 24 pièces. Ils aiment avoir chacun leurs boîtes, comme des petits trésors rien qu'à eux. Et pour la Gagotte, on reste sur le sublime (je n'exagère pas) puzzle en feutrine et bois de la même marque, qui a servi à ses aînés et trône toujours fièrement sur les étagères de la maison.





Ces trois activités sont sur la liste du Père Noël, parce que je sais que ça leur fera plaisir à tous les coups. J'en mets mon stérilet à couper. On pourrait clairement n'avoir que ces trois choses à la maison qu'ils seraient heureux comme des écureuils dans un nid de noisettes.

Et vous, ils aiment/aimaient quoi vos enfants de 3 et 4 ans ?
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mercredi 13 septembre 2017

Le jour où j'ai remporté une élection de Miss

Aujourd'hui serre les fesses, on n'est pas là pour déconner.

J'écris sans sauter de lignes parce que c'est indigeste.
Parce que c'est un pavé.
Dans la mare.

Il fait nuit. Les vieux jouent au tarot dans le salon de mes parents. Nous les mômes on est jouasses de pouvoir se coucher à pas d'heure comme dirait ma mémé. On fait des canulars téléphoniques, des tresses à nos petits poneys en sirotant une grenadine, et enfin on pouffe de rire en tournant les pages interdites d'une BD de Manara, cachés sous le bureau de mon père. Le garçon est plus vieux que nous toutes. J'ai un peu peur de lui. Normal. C'est normal de se méfier des garçons quand on est une petite fille, non ? Surtout quand on a des nichons, je connais la chanson, il faut faire attention. Il n'est ni beau ni moche, mais je le trouve un peu bête. Il n'aime pas lire et dit des gros mots en souriant. Enfin ça n'a pas d'importance. Il aime bien noter les filles sur dix. Les belles, les moches, tout ça. Il nous donne l'impression d'être des morceaux de viande, mais il est rigolo. Alors on rigole. Ce soir il a décidé d'organiser un défilé de mode dans la mezzanine. Il serait le jury, tout seul. On serait les mannequins, toutes nues. Oui parce que la fashion week ça se passe à poil, voyez. Enfin moi j'en sais rien, j'ai neuf ans. Mais lui il sait. Heureusement on n'est pas tout à fait des jambons, on dit non. On négocie. Finalement on défile en culotte. Aller, retour, j'ai les poils des cuisses qui se dressent, je suis mal à l'aise. Il a pas bien vu, il faut recommencer. Aller, retour, encore, j'ai presque envie de vomir. Je dis pouce, on arrête, c'est pas drôle en fait. Il propose de conclure le jeu par une évaluation individuelle, dans ma chambre. Ça ira plus vite. Pour déterminer le podium, parce qu'il est pas très sûr de savoir qui est la plus belle. Moi j'ai pas envie d'être la dernière. J'ai un appareil dentaire métallique qui sort de la bouche et qui fait le tour de ma tête, je porte d'énormes lunettes en plastique, j'ai des boutons sur le front et des poils sous les bras. Tout le monde se moque de moi dans la cour, Lolita m'a griffé mardi dernier, et Julien a dit "beurk" quand je suis passée devant lui. Je ne veux pas qu'on me traite de moche, sinon je vais encore pleurer toute la nuit. Peut-être même que si je gagne le jeu ce soir, je deviendrai populaire à l'école, et j'aurai le droit de jouer à chat perché avec les autres pendant la récréation sans devoir obligatoirement leur donner en échange mes bons points gagnés en classe grâce aux dictées zéro fautes. Alors je dis d'accord, on fait un entretien individuel et après c'est fini, tu promets. Les unes après les autres elles passent dans ma chambre, entrent et sortent au bout d'une minute. Visiblement il faut chanter une chanson ou dire pourquoi on veut être élue Miss Mezzanine. Rien de sorcier. Et puis entre temps on s'est rhabillées. Je suis de nouveau une petite fille en jupe qui tourne. Tout va bien. On joue. Vient mon tour, en dernier. Mais pourquoi tu fermes la porte à clé ? Il me demande lui montrer ma culotte. Je dis non. Il dit que je vais être exclue de la compétition. Je lève ma jupe en soupirant. C'est bon là ? Non. Il veut toucher. Je dis non. C'est glauque. Il touche. Je dis qu'est-ce que tu fais ? Il dit rien je touche juste. Je dis mais t'as pas le droit ! Je veux pas. Il dit que si, que c'est comme ça dans la fashion week. Je demande ce que c'est, au juste, la fashion week. Il sait même pas. Il m'annonce que je suis à la deuxième place, mais que je peux être première si je veux. J'ai qu'à baisser ma culotte. Je dis non, je m'en fous. Mais lui aussi, il s'en fout. Il baisse ma culotte et m'allonge sur le lit. Sur mon lit de petite fille, à-côté de mon doudou. Je suis tétanisée. Je crie non. Pourtant aucun son ne s'échappe de ma bouche verrouillée. J'ai peur que les autres se moquent de moi. Est-ce qu'elles ont toutes fait ça, avant ? J'ai peur. En plus dans le tas, y avait ma petite sœur. Je trouve cette situation dégueulasse. Papa et maman sont au rez-de-chaussée. Je dois trouver une solution. Il s'allonge sur moi. Il est lourd, il sent la transpiration. Est-ce que je sens bon, moi ? Je veux voir mes parents. J'ai un camion de larmes dans la gorge et je serre les dents en regardant le plafond. Mon plafond, avec mes étoiles phosphorescentes en plastique. Et si je comptais les étoiles ? J'aime bien compter les choses. Je sors de mon corps, c'est la solution. Je vole dans la pièce. Je compte les étoiles et puis les nœuds dans le bois du lambris. Il dit qu'on fait semblant de coucher ensemble, comme ça je serai la première sur le podium. Je dis non, je veux pas, laisse-moi sortir s'il te plait, je vais le dire à ma mère. Je pleure. Il dit que si j'ouvre ma gueule il ira me dénoncer à la police parce que j'ai regardé une BD de Manara interdite aux enfants tout à l'heure. Je la ferme. Je suis naïve. Il simule je ne sais quoi sur mon ventre en grognant. Il m'écrase. Je n'arrive plus à respirer. Il me demande de faire un effort, putain. Bouge un peu tes jambes je sais pas.

Et soudain c'est fini. J'ai gagné. Je suis élue Miss, je monte sur une chaise devant les autres enfants avec une guirlande de Noël en travers du torse, symbole de ma victoire. J'ai des larmes séchées dans le cou et dans les oreilles, et tout se brouille.

J'ai tant perdu.

Plus loin dans la nuit, les invités sont tous partis et le lave-vaisselle rempli de verres de vin ronronne dans la cuisine silencieuse. Je refuse de dormir dans ma chambre. Je suis pétrifiée dedans, et je tremble dehors. Maman voit bien que quelque chose ne va pas. Papa m'encourage à dire quoi. Ils sont là tous les deux autour de moi, sur le canapé. Il ne peut plus rien m'arriver, si ? Je raconte du bout des lèvres et de demande pardon. Je ne sais pas trop ce qu'on a fait, comment ça s'appelle, et si c'est interdit par la police. Je ne sais pas qui est le méchant dans l'histoire. Est-ce que je vais être punie ? Je sais juste que si je continue à me taire, je vais me faire dévorer par la bête qui ronge mon ventre, là. A la fin ils me posent une avalanche de questions. Et puis ils me font un câlin et m'apportent un verre de lait chaud avec du miel dedans, comme quand je suis malade. Je m'endors entre eux, incapable de déterminer si j'ai toujours peur ou si je suis rassurée. Une chose s'est brisée, c'est tout.

Le lendemain j'ai frémi en passant le portail de l'école.
Il était là, avec les grands qui ont redoublé plein de fois, au fond de la cour.

Et pendant plus de dix ans la bête dans mon ventre m'a mangée.

Personne n'a rien dit à personne. Il n'y a jamais eu de victime, ni de coupable. Mes parents ne m'ont pas protégée parce qu'il était le fils de leurs amis. Ce garçon m'a harcelée au collège ensuite, avec une bande d'idiots. Ils m'ont fait tomber, ont volé mon sac, ont craché sur mes chaussures et ont coupé les freins de mon vélo avec une pince. J'ai eu un accident, et une atèle. Heureusement à l'époque on n'avait pas Facebook. Puis la vie a continué. Il s'est fait renvoyer. Mes parents ont cessé de côtoyer les siens. Moi je suis passée au lycée, j'ai obtenu une dérogation pour atterrir dans un établissement huppé de la ville d'à-côté, et j'ai aimé des garçons. Des garçons m'ont aimée. J'ai aimé La Pantoufle.

Puis j'ai revu ce type une fois. J'avais 17 ans et j'étais seule chez moi, un jour où je n'avais pas cours. Je faisais mes devoirs quand le plombier a sonné. Il venait réparer la fuite sous la baignoire, comme convenu. Je l'ai guidé jusqu'à la salle-de-bain et en me retournant pour sortir, j'ai cru que le sol se dérobait sous mes pieds.

Le plombier avait un apprenti.

Aujourd'hui je n'ai aucune idée de ce qu'il est devenu, et je ne veux pas le savoir. Si ça se trouve il est papa. Je m'en fiche. Il est trop tard.

J'écris ça parce que je suis en paix. Vraiment. Depuis plusieurs années. J'ai apprivoisé le loup dans mes tripes, et bâti une forteresse autour de la gamine de neuf ans que j'abrite. Je suis équilibrée, enfin. Mais tout au long de ce cheminement intérieur, enfant et adolescente, j'étais seule. Mes parents, par ailleurs formidables je tiens à le préciser clairement - je ne supporterais pas qu'on les dénigre -, cette fois ne m'ont pas accompagnée. Ils ont enterré l'histoire bien profond dans le jardin, et l'ont arrosée de déni. Je n'ai jamais eu la justice, la médecine ou la psychologie avec moi, pour avancer. Pire, j'ai dû le faire en cotoyant mon agresseur chaque jour pendant des années. Lui qui n'a jamais été puni pour ce qu'il m'a fait (à moi et à d'autres, je l'ai appris plus tard). Lui qui était si conscient du pouvoir terrible qu'il avait sur moi, et qui n'a jamais hésité à s'en servir. Ce n'est pas normal.

CE N'EST PAS NORMAL.

Ce n'est pas juste.


Toi ma fille, mon bébé,

Je ne veux pas t'apprendre à craindre les garçons. Jamais. Parce qu'ils sont tes copains, tu es leur égale. Tu es aussi forte qu'ils sont gentils, en général. Mais si un jour tu as neuf ans comme moi et que tu dis non dans une chambre fermée à clé, cours, vole, viens te réfugier au creux de moi, je te promets de crier à ta place, et de ne jamais me taire.

Toi la mère, le père,

N'oublie jamais ce que t'as à faire.
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