mercredi 3 août 2016

Le premier tartable

Elle est née dans les Pyrénées, ma sauvageonne, ma fille des montagnes. Je lui ai donné le sein, un peu, et des biberons, beaucoup. A quatre mois (plus un jour, délai de sûreté), comme préconisé sur la fiche détaillée fournie par la pédiatre, je lui ai préparé avec enthousiasme ses premières purées à la courgette, mes premières purées de maman, avec un robot spécial pour les mioches, qui mixe ultra-fin, sans sel et sans beurre. Elles étaient dégueulasses mes purées. On l'a bercée sur des kilomètres, on l'a veillée à l'hôpital, on l'a embarquée en road trip. On a fait des conneries, on s'est plantés. Et puis on a réussi, aussi. A faire pousser ce bébé souriant, à force de léchouilles et de compotes. Et la voilà aujourd'hui ma grande fille, avec ses culottes à paillettes, ses colliers de perles et son caractère de cochon retraité. Elle compte jusqu'à six en sautant le quatre, elle reconnait la lettre P comme son prénom, et elle dessine des bonhommes qui ressemblent à des pizzas premier prix. Tous les jours, elle choisit soigneusement ses vêtements, aussi dépareillés et bariolés que possible. Avec sa dégaine de plouc des années 80 et ses cheveux de princesse Disney, elle court loin devant moi sur le trottoir. Et après le feu rouge, sur la place du village, à gauche de l'épicerie, derrière le portail vert... c'est là.

C'est là l'école maman ! Je va aller à l'école moi, tu sais ? Après les vacances à la plage avec Manette et Papy, je va aller apprendre des choses avec la maîtresse et les autres petits n'enfants dans la classe. On met des chaussons dans la classe, pour pas salir le sol. Il est propre le sol. T'as vu les dessins sur la fenêtre de l'école, maman ? Moi aussi je va faire un dessin demain-après avec la maîtresse ? Je va faire un dessin de Totoro avec du rouge parce que j'aime le rouge, et puis je va faire une fleur à côté. Une fleur jaune comme dans le jardin de moi. T'es pas triste maman, hein ? Parce que moi je va revenir après, t'aquète pas. 

Je ne suis pas inquiète. Ni triste, ni fière, d'ailleurs. Je suis confiante et émue, sereine et excitée. Il n'y a pas si longtemps, à une époque qui te semblera so vintage, j'étais cette gamine en salopette qui court sur le trottoir, avec mon cartable à franges Pocahontas et mes Kickers bleues. Je ne suis pas inquiète. J'espère que tu aimeras l'école autant que je l'ai aimée, et que tu y construiras des souvenirs multicolores. Les miens sentent la colle Cléopâtre, les billes fêlées, les cartes Pokémon racornies et les pages d'Harry Potter. Je ne suis pas inquiète. C'est un cocktail de nostalgie légère et de joie intense dont les vapeurs me montent à la tête. Je suis pompette de toi.

Et maman, dis, est-ce qu'on a le droit de péter à l'école ?



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mardi 19 juillet 2016

La der des ders.

Pour ne pas risquer de saloper le tapis soldé de la collection Tati printemps-été 2013 du salon avec mes fluides, d'un commun accord avec mon col de l'utérus, nous avons décidé de nous faire hospitaliser. Accessoirement, ça nous permet également de protéger ma progéniture farceuse en la maintenant dans sa coquille quelques précieux jours de rab, ce qui n'est pas négligeable.

Cinq jours passés à poster les photos sur les réseaux pour partager avec vous l'incroyable finesse des mets auxquels j'ai eu l'honneur de goûter chaque soir entre 18h et 18h30, à écarquiller les yeux devant la profondeur des programmes télévisés de l'après-midi, et à disserter sur le potentiel sex à pile des bas de contention assortis aux chaussons moumoute.

Vingt mars deux mille seize. 

04h50. Je passe globalement une nuit de fiotte intergalactique, toute seule dans ma chambre aux murs jaune pipi. Les vagues de contractions s'en vont et reviennent, je joue à un deux trois soleil avec mon périnée, et je refais quatre fois le petit sac destiné à la salle de travail, au cas où. 


Crédits.
05h30. Je ne dors toujours pas, coucou.

05h35. Personne sur Twitter. Je déprime. Je vous hais.

05h40. Au détour d'une couche, je tape la causette avec mon bouchon muqueux.

05h55. Le troisième monitoring de la nuit confirme que je ne suis pas complètement écrasée du bulbe, et que je contracte toutes les 7 minutes. Ah. Il me semblait bien, tout de même, que je connaissais mon sujet. Je dois rester calme comme un bonze et chanter une berceuse en polonais à mes chakras pour éviter d'accoucher. Ils sont drôles.

06h15. La Pantoufle aurait dû passer la nuit avec moi, si un accident familial ne l'avait pas obligé à rentrer chez nous en urgence. Je suis triste. J'ai les genoux qui claquent un peu à l'idée d'accoucher une nouvelle fois sans lui (rappelle-toi jeune padawan). Du coup il m'a demandé de le tenir au courant "en fil continu comme sur BFM TV".



10h20. La fatigue, la drogue ou la poussière de licorne tropicale, je ne sais pas, mais je viens de dormir quatre heures comme un caillou en bavant sur l'oreiller. Merci la vie putain, merci. 

10h55. Un nouveau monitoring confirme que les contractions ont quasiment cessé. Une toutes les vingt minutes, à peu près, ça casse pas trois pattes à un pélican. Je suis soulagée.

11h00. Ah non. Mon karma me rappelle que j'ai tué sept portées de chatons dans ma vie précédente. Mes analyses sanguines des derniers jours révèlent des marqueurs infectieux malgré le fait que je sois sous antibiotiques depuis mon hospitalisation. Du coup on change de stratégie : il faut expulser ce bébé. Le gynécologue dit lève toi et marche. Je dois absolument relancer la machine, sinon on me déclenchera demain. Et j'ai pas envie. Plutôt bouffer quarante tonnes de sardines en boîte que de me faire déclencher. Oh. Mais, mais attendez... ça veut dire que j'ai enfin le droit de sortir de ce lit ?

11h50. Enfiler un jean et lacer des converses : deux contractions. Marcher une demi-heure dans le parking de l'hôpital : cinq contractions. On tient le bon bout. Je suis remontée comme un coucou lustré. J'ai même mis du rouge à lèvres pour l'occasion. J'ai de la peine de ne pas avoir mené cette grossesse à terme. Je suis infiniment triste à l'idée de mettre au monde un deuxième prématuré. J'ai terriblement peur de ce qu'il va se passer après. J'ai doublement mal parce que je sais déjà trop bien combien le chemin va être long et combien je vais en baver. Mais putain, c'est aujourd'hui ! Il fait soleil et l'air est doux. Je vais rencontrer mon escargot.

13h00. J'ai acheté un café noisette goût plastique au distributeur automatique. En attendant La Pantoufle, j'alterne les ronds, les huit et les saltos sur le ballon que la sage-femme du service a mis à ma disposition.

13h15. Je ne tiens plus en place. Je sens les contractions devenir de plus en plus régulières, et mon bébé qui appuie sur mon col. Je m'enferme dans les toilettes de la chambre, je visse une paire d'écouteurs dans mes oreilles, et j'envoie les décibels. Je fais la dinde en sautant partout, je remue les fesses, j'ai douze ans, je suis à ma première boum. J'imprime dans ma rétine le reflet de cette femme folle dans le miroir. Je la trouve à la fois belle et forte, et c'est assez rare pour être noté. Pas question qu'on me déclenche, je suis Athéna, je suis une guerrière, je suis... mince, je suis en train de me faire pipi dessus attend.

13h40. La Pantoufle arrive en même temps que les véritables contractions. Je fais la maline, encore un peu.

13h50. Il me parle de cet article passionnant qu'il a lu dans une revue scientifique très sérieuse, et qui raconte comment des femmes ont réussi à accoucher sans péridurale grâce au shoot d'hormones d'un orgasme clitoridien.  Il me demande si on peut faire du sexe, là maintenant tout de suite, à des fins strictement thérapeutiques.



14h00. On vient me poser un monitoring. Entravée, je souffre davantage des contractions, mais ça reste largement supportable. Je sirote un jus de fruits en boulottant des gâteaux et de la roquette nature, ce qui chez moi est bon signe.

14h30. Premier toucher vaginal, je suis à la largeur d'un bon gros cannelé : 4 centimètres. Youpi, fastoche, les mains dans les poches (percées).

14h33. Je sors des toilettes la mine décomposée. Je rappelle l'équipe médicale qui vient de quitter ma chambre : le liquide amniotique est teinté. 

14h40. Branle bas de combat, blouse fendue sur le cul et brancardiers : on me conduit en salle de naissance.

15h10. Je suis en pleines négociations avec la sage-femme du bloc obstétrical. Je veux absolument essayer d'accoucher sans l'aide de la péridurale, c'est important pour moi. Mais étant donné le contexte (prématurité, infection probable, liquide teinté), mon Gagot doit être surveillé en continu. On passe donc un moment à m'installer de sorte que je puisse mobiliser mon bassin, assise sur le ballon, tout en étant reliée au monitoring et à ma perfusion d'antibiotiques. Avez-vous déjà vu un saucisson AOP en pleine séance de pilates ?



16h00. Les laxatifs que j'ai pris ce matin (à cause de la constipation liée à la prise de comprimés de fer) (je suis anémiée) (ce qui veut dire que j'ai, encore plus que d'habitude, un teint de bidet rutilant) font effet. Je demande à me rendre aux toilettes, au bout du couloir. 

J'évoque tranquillement mon caca mou devant des milliers de personnes, tout va bien.

16h20. Une infirmière vient me chercher. Comment ça je fais exprès de traîner la patte dans les couloirs ? Mais non voyons.

16h22. Je m'installe en tailleur, le dos rond, maintenue par toute une famille de coussins d'allaitement. Dans cette position, les contractions sont douloureuses mais efficaces. Je réclame le silence. Je ferme les yeux, et la transe commence. Je souffle, je grogne, je bave, je gémis, je me balance, je hulule, je chante, mais je n'ouvre pas les yeux. A chaque contraction, je sens la tête de mon bébé qui appuie, et mon col qui résiste.



17h10. C'est difficile, mes fesses s'engourdissent, et j'ai mal aux doigts à force d'agripper mon coussin, mais je ne veux pas sortir de mon cocon. La Pantoufle m'aide en dispersant des gouttes de mes huiles essentielles préférées, en humidifiant ma nuque et en me donnant de l'eau. Silencieusement. C'est pas grand chose mais c'est merveilleux. Il est sur son siège, tout près de moi, il ne dit rien mais il m'entoure d'une aura de bienveillance. C'est exactement ce qu'il me faut : une petite fée d'un mètre quatre vingt dix en slim bleu.

17h30. Je n'ai pas bougé.



17h55. Je n'ai toujours pas bougé. 

18h10. "T'as des yeux magnifiques, au soleil couchant", il dit.

18h11. Alors soudainement, au milieu de cette montagne de douleur, je me laisse submerger par un puissant mélange de sérénité et de confiance. Aujourd'hui je le sais, je suis capable de tout. Notamment, de faire sortir l'intégralité d'un être humain par ma foufoune. Oui madame. Farpaitement. 



18h20. Nouveau passage aux toilettes, en réalité un prétexte pour marcher.

18h30. Je suis à 6 centimètres.  Je négocie encore avec la sage-femme, on se croirait à Marrakech. Elle veut m'injecter du Syntocinon (ocytocine de synthèse). Je refuse. Je lui explique que j'ai besoin d'être debout pour que ça avance, que j'ai bien conscience des enjeux, mais que je voudrais qu'elle me laisse une chance d'essayer, et qu'assise ça ne fonctionne pas. Elle accepte. On remonte la table d'accouchement jusqu'à la position la plus haute, pour que je puisse m'appuyer dessus. Elle me propose une injection de Spasfon pour aider à la dilatation du col, sur la prochaine contraction. J'accepte.

18h40. De l'autre côté de la table, debout face à moi, La Pantoufle se laisse broyer les mains sans moufter. Les contractions m'écrasent comme des rouleaux compresseurs, je n'ai jamais eu aussi mal de toute ma vie, je m'effondre en sanglots, je divague et j'ai peur. La sage-femme passe la tête dans la pièce et m'encourage, elle m'assure que je gère la fougère avec mes rotations de bassin à la robocop. 

18h45. Je n'ai plus de forces, je veux qu'on m'aide, que ça finisse. Je ne suis pas puissante, pas forte, pas belle, pas confiante. Je ne suis qu'un microscopique moineau apeuré avec le cul à l'air. C'est tout. Chaque respiration est un râle intense. Pourquoi s'infliger ça, sérieux ? Pourquoi personne ne me dit jamais rien putain ?

18h50. Ah si, en fait. Elles m'ont dit, mes copines. Elles m'ont écrit, répété, expliqué, la FLUTAIN DE PHASE DE DÉSESPÉRANCE de mes deux. C'est donc ça. Plus jamais je ne dirai "Han la vache, cette recette de cupcakes était ultra difficile, j'ai cru que j'allais mourir." Parce que maintenant je sais ce que ça fait, vraiment, d'avoir l'impression de mourir.

18h52. Alors je me ressaisis. Je n'ai pas le choix, cet enfant va naître, il va bien falloir le faire passer, de la tête aux pieds. Il est trop tard pour une péridurale ou un miracle divin, alors quoi ? Je me tétanise de terreur, je hurle qu'on m'achève, j'appelle ma mère, je perds pieds ? Non. Je me fouette mentalement le derrière, et je prends le Balrog par les cornes. JE vais mettre au monde ce bébé, JE vais y arriver. J'ai si mal que ça ne peut pas empirer, mes copines me l'ont bien dit : ça signifie que la fin est proche. (LOL.)


19h00. Incapable de tenir debout, je suis remontée sur la table, en position latérale, et j'ai accueilli en pleurant de joie la bonbonne de gaz hilarant qu'on m'a proposée. L'infirmière m'explique le fonctionnement du MEOPA : il faut aspirer fort et longtemps, mais l'effet agit à retardement donc il faut anticiper et commencer au début de la contraction, et surtout arrêter de tirer comme une droguée en manque au moment du pic de douleur. Moi, je ne vois pas pourquoi j'écouterais cette bonne femme, je suis en train de crever bordel, alors je fais exactement le contraire : j'aspire comme une maboule sans m'arrêter.


19h05. Ah oui d'accord j'ai compris. Quand j'ai vu les poneys bleus se balancer sur les arbres dehors, par la fenêtre, j'ai compris. Puis j'ai eu envie de vomir, et l'impression de tomber dans un trou infini. "Elle a trop tiré sur le gaz, Micheline, elle tourne de l’œil."

19h10. J'ai trouvé un rythme. Yeux fermés, me concentre sur ma respiration et sur les massages frénétiques de La Pantoufle, sur ma cuisse. "T'arrête pas", je dis. Comme la sage-femme lui a demandé de le faire, il replace de temps en temps le capteur du monitoring sur mon ventre pour surveiller le cœur du bébé (je suis en mode saucisson continu, je te rappelle) qui, d'ailleurs, supporte très bien l'aventure. Mais malheur à lui, s'il cesse de me labourer la cuisse ! Je hurle "Pitié ne me fais pas ça, j'ai besoin de toi, je t'en supplie ne t'arrête pas de me masser la cuisse, J'AI BESOIN DE TOAAARGH !". Il rit. Un peu. Pas longtemps. Trois secondes environ. 


19h15. Une infirmière blonde peroxydée me murmure qu'elle a accouché de ses trois enfants sans péridurale, et que je vais y arriver, que c'est bientôt la fin, elle le sait.

19h17. C'est la relève. Les deux sages-femmes, celle qui quitte et celle qui prend son service, entrent dans la pièce en discutant de mon dossier. Je suis dilatée à 7 centimètres (trop dans ma bulle, je n'ai même pas senti le toucher vaginal), elles me prévoient pour 21h, à peu près. 

19h18. Les sages-femmes sortent. La blonde peroxydée démarre soudainement au quart de tour puis, dans un dérapage contrôlé, chope l'une d'entre-elles par la blouse. "Marion vite, je crois qu'elle commence à pousser la dame, là. Vous poussez madame ? MADAME EST-CE QUE VOUS POUSSEZ ?!"

19h19. Mon cerveau répond "Oui, la précédente contraction m'a littéralement déchiré les entrailles, j'ai senti mon bébé s'engager d'un seul coup, et là il descend irrémédiablement vers la sortie, d'ailleurs vous savez quoi, sortez les mouchoirs, je vais faire caca." Mais ma bouche dit "GNNNNNEUHOUIII."

19h20. Quelqu'un m'ordonne de me mettre sur le dos. Je ne sais pas comment faire, j'ai trop mal, je veux accoucher sur le côté, comme je suis. Mais on n'est pas chez McDonald's, visiblement, on peut pas venir comme on est. Alors ils s'y mettent à douze avec un tractopelle et ils me font pivoter. Pas le temps de mettre les étriers. Je sens la tête de mon bébé progresser à chaque nouvelle poussée, c'est à la fois absolument dingue et totalement flippant.

19h22. J'ai les os, les ligaments et les viscères qui vont exploser. Cet enfant doit avoir douze ans et un cartable sur le dos, c'est pas possible autrement. Instinctivement, je vais toucher ses cheveux du bout des doigts. Il est là.

19h23. Une brûlure atroce. Je hurle, j'ai mal à la gorge tellement je hurle, je suis un loup-garou et je hurle. Je ne peux plus arrêter de hurler. La tête est à moitié sortie.

19h24. La blonde me donne deux claques. Oui t'as bien lu. Une bon gros aller-retour du plat de la main sur mes joues. Je me fige, hagarde. Monsieur Pantoufle me dira plus tard que tout le monde a fait le silence dans la pièce, à cet instant, et que j'avais l'air d'une petite fille perdue. Elle tient mon visage entre ses mains et plante ses iris bleus dans les miens en disant : "Taisez-vous, ça va aller, vous m'entendez ? CA VA ALLER. Alors maintenant vous poussez, et vous me sortez ce bébé."

19h25. Dans un effort qui me semble surhumain, je pousse de toutes les forces qu'il me reste et enfin, je perçois avec une acuité sensorielle extraordinaire le petit nez de mon bébé, ses oreilles, ses épaules et ses fesses s'échapper de mon corps dans une glissade dégoulinante. Je l'attrape et le porte sur ma poitrine. Mon petit escargot sans coquille, ma limace gluante, mon amour.

19h26. Je voudrais regarder son sexe, mais le cordon ombilical passe entre ses jambes et me cache la surprise. Je demande à quelqu'un de m'aider. On me dégage l'endroit, et enfin je devine... une tâche rose. Je n'ai pas mes lunettes. Je suis quasiment aveugle. Je ne vois rien. Avec les larmes par-dessus le biniou, c'est trop flou, je ne suis pas fichue de dire s'il s'agit d'un zizi ou d'une zézette. L'air con, je demande à La Pantoufle "C'est quoi ?".


Une fille. Une escargotte.

Rien ne pouvait être plus parfait.



19h26 et trente secondes. Quelque chose ne va pas. Elle ne crie pas et elle est toute violette. Encore une fois, l'infirmière blonde, instinctive et animale, entre dans mon champ de vision. Elle attrape ma fille et lui masse vigoureusement le torse et le dos, pendant des secondes qui me semblent des siècles. Rien. Le silence. "On l'emmène." J'agrippe mon amoureux : "Ne la lâche pas, suis-les." 

"Promis."

Et ils disparaissent tous derrière une porte.



_________________________



Les heures qui suivent seront horribles et magnifiques, je vous écrirai ça plus tard, après le linge, l'aspirateur, les impôts et la vaisselle. Mais au final t'inquiète, c'est doux comme un chaton dans un bain de guimauve, et ils vivent heureux avec beaucoup d'enfants.

"Promis."
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mercredi 13 juillet 2016

Incroyable ! Cette femme explique les bienfaits de la sangria sur son bébé.

Je mange du quinoa rouge des hauts plateaux d'Amérique du sud, je joue à celle qui pisse le plus loin sous la douche avec ma fille, et je porte des sarouels en coton biologique. Dans ma panoplie de maman hippie, il ne manquait plus qu'une chose : l'écharpe de portage. Si tu me lis depuis le couronnement de Louis croix V bâton, tu dois savoir qu'avant, le portage et moi c'était pas gagné. Etant aussi adroite qu'un manchot aveugle, et aussi patiente qu'une mouche épileptique, il y a trois ans j'ai enterré mes rêves de bobo et remplacé mon Sling de portage par un porte-bébé préformé, plus pratique selon moi. Mais j'avoue avoir gardé, au fond de mon petit cœur de licorne vergeturée, l'espoir fou qu'un jour je trouverais écharpe à mon pied.

En vrai, après avoir regardé beaucoup de pots de Häagen Dazs en mangeant des tutoriels vidéos sur Youtube, j'avais réussi à apprivoiser mon sling en tissu sergé chassé croisé machin chose. Le Lardon y a passé quelques heures, mais j'ai rapidement trouvé le biniou inconfortable. Asymétrie ? Bébé trop lourd ? Installation bancale ? J'en sais rien. Mais après 3 mois, hop, mon fils a fini dans le porte-bébé, comme sa sœur avant lui.

Persévérante, avec la Gagotte j'ai testé un nouveau système de portage : les écharpes extensibles. Les vraies écharpes je veux dire, celles qui mesurent douze mètres de long et qui te donnent l'impression d'être l'idiot du village quand tu lis la notice d'utilisation. Bon. Et vous savez quoi ? J'ai trouvé mon Graal. Je dirais même que je deviens complètement accro, prête à rejoindre la secte des porteuses folles sur Instagram, à grand coups de hashtags. Je négocie actuellement avec La Pantoufle pour entamer une collection d'écharpes extensibles de toutes les couleurs qu'on plierait en sept et qu'on rangerait dans une étagère blanche pour former un arc-en-ciel comme j'ai vu sur Pinterest. (C'est le moment où il m'a demandé si j'avais fait cuire mon cerveau dans du beurre ou dans de l'huile.)

Bref.


Illustration 1 : Bébé malheureux en train de hurler.

Ma préférée depuis la naissance de la Gagotte, c'est incontestablement la Boba Wrap. Contrairement à ce que j'imaginais, c'est très facile à mettre (je te rappelle que j'ai pourtant des enclumes à la place des mains). Les explications du manuel sont plutôt claires, mais j'ai surtout appris grâce à un support vidéo. Il ne m'a fallu qu'un seul essai pour piger le truc, j'étais fière comme un flan pâtissier en robe de velours. Depuis la néonat, je porte mon greffon à toutes les sauces, et ça me sauve la vie. Au moins. (Fille rationnelle et pondérée, tout ça.)

Je peux, par exemple, aller au parc avec toute ma tribu en donnant la main aux aînés (ils ne s'en vont pas en courant, du coup, et ne se font pas écraser par les camions) (c'est pratique). Ou petit déjeuner tranquillement pendant que mon bébé tète son beefsteak dans mon décolleté. Ou crâner comme une rockstar devant un graffiti.





Je sais qu'il existe d'autres marques d'écharpes extensibles relativement similaires sur le marché, mais si j'ai choisi de vivre une histoire passionnelle avec la Boba Wrap c'est grâce à ces petits détails qui font la différence : 
  • Elle est livrée avec un pochon assorti, ça permet de la transporter sans la salir et d'optimiser son rangement. Efficacité et propreté, voilà qui caresse mon côté psychorigide dans le sens du poil.
  • Elle est disponible dans des coloris qui me plaisent, et que mon banquier déteste. J'ai jeté mon dévolu sur celui qui s'appelle Sangria parce que je n'ai pas bu une goutte d'alcool depuis 4 ans pour cause de reproduction répétitive, et parce qu'il rappelle ma chatoyante chevelure de moineau punk. Mais le Stardust me fait aussi de l’œil.
  • Elle est douce comme un derrière de genou, j'adore.


Je porte allègrement la Gagotte, mais j'ai également porté le Lardon (2 ans, 12kg) et truc de ouf guedin : j'ai même réussi à convaincre La Pantoufle de l'essayer et de l'adopter (l'écharpe, pas le gosse). 


Le seul inconvénient selon moi, pour le moment, c'est qu'en plein soleil avec les trois couches de tissu on a trop chaud. Il paraît que, pour ça, il existe de nouvelles écharpes en tissu technique, et même des slings pour aller dans la piscine. On n'arrête pas le progrès ma petite dame ! Et quelque chose me dit que moi non plus, on ne va plus m'arrêter.

Je remercie Maman Natur'elle de m'avoir offert la Boba Wrap, et de me permettre ainsi de vivre une expérience si positive à partager. Et merci à mes photographes de choc : Romychou (photos 1 et 2) et Pantouflinou. 

Et toi, t'es un kangourou aussi ?
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lundi 11 juillet 2016

Reconnexion

Les premières heures j'ai ressenti un certain inconfort. Regard hagard et nombril tournicoté, je me demandais bien comment on faisait, avant. Puis je me suis trouvée con, j'ai mangé un bonbon, et j'ai levé mon lard du canapé pour aller m'enquérir de la source du bruit sourd que je venais d'entendre dans la chambre d'à-côté. Rien de bien grave. La Naine avait juste fait tomber une pile de bouquins sur la tête de son frère en voulant attraper une culotte sur l'étagère pour l'enfiler au lézard qu'elle avait vu sur la terrasse. La routine quoi.

Et ça a commencé comme ça. Les vacances. La déconnexion. Presque un mois sans la moindre miette d'Internet. Sans vous. Avec eux. Quand je suis rentrée, ma boîte mail mourrait en me regardant droit dans les yeux, ma maison puait à cause du kilo de bananes qu'on avait oubliées dans le saladier sur plan de travail de la cuisine, et 80% de nos vêtements étaient dans le bac les bacs de linge sale. Mais vous n'êtes pas morts, ici. Et moi non plus, là-bas. Au contraire.

L'inconfort a laissé place à la réflexion, puis au tourbillon du reste, immense. J'ai vécu doucement et simplement. Le constat est putain de triste, mais le résultat est putain de bon : J'ai perdu le réflexe de checker mon écran, j'ai repris celui de poser les yeux sur mes enfants. Pas seulement quand ils m'appellent ou font une bêtise. Mais pour rien. Juste pour le plaisir de les regarder écraser méticuleusement les pétales de fleurs en bouillie. Pour rien. Pour voir ma fille froncer les sourcils, se concentrer pour se rappeler qu'est-ce qu'il y a après trois et quatre, quand elle compte sur ses doigts le nombre de crottes qui font plouf dans les toilettes. Pour voir mon fils ramper sous le lit et téter son doudou en fixant les lattes, rêver. Pour voir mon bébé agiter ses poings en l'air, boxer contre les mouches. Pour rien. Pendant des heures, des jours, des semaines.

Merci d'avoir attendu.

Allaitement détendu du slip (et sans bouts de seins !) (we are the championnes my friends).








Si vous êtes de passage dans le Tarn avec vos enfants (petits et grands) je vous recommande le musée de plein air de Payrac. On y a fait une magnifique promenade, et passé de jolis moments.









Et toi, t'as fait quoi de ce début de vacances ?
Sais-tu encore te déconnecter vraiment ?
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mercredi 1 juin 2016

Je suis riche

J'ai choisi de rester à la maison pour m'occuper de la Naine, du Lardon et de la Gagotte. Aucun des trois n'est scolarisé pour le moment, autant dire que j'ai pas le temps de m'épiler le frifri (ni de bloguer, tu noteras), mes journées sont remplies.



T'es jaloux ?

Je peux comprendre. Voir ses enfants grandir d'heure en heure, ne rien rater de leurs progrès, renifler leurs cous endormis après la sieste, jouer à cache-cache dans les placards de la cuisine, apaiser leurs chagrins, écouter leurs histoires sans queue ni tête, tisser des liens, ramasser leurs cacas sur le tapis du salon, vivre en pyjama jusqu'à quinze heures, c'est terriblement précieux. D'aucuns diront même que ça n'a pas de prix.

Mais si, ça a un prix.

Le prix du regard des autres, d'abord. Le regard méprisant de certaines femmes indépendantes et carriéristes de notre entourage qui ne comprennent pas pourquoi diable je m'enferme en tablier dans ma cuisine, pourquoi je passe mes journées à essuyer de la morve et des culs, alors que je pourrais "faire quelque chose de ma vie" puisque, tout de même, j'ai "des capacités". Le regard pesant des employeurs potentiels, qui me demandent de me justifier sur cette "période creuse" (!) de mon existence. Le regard suspicieux du quidam qui s'interroge sur mon âge, mes croyances, et ma contraception. Le regard froid de l'administration, quand je ne rendre dans aucune case. Ah si ! la case des inactifs. Le regard triste de ma grand-mère qui a peur que je sois dépendante d'un homme, et que je ne sache jamais rebondir en cas de "coup dur". Et puis parfois le mien, de regard, aussi, dans le miroir, quand j'aimerais me voir autrement qu'habillée à l'arrache avec une tâche de vomi sur l'épaule et une cuillère en bois dans la main. Mon regard embué quand j'ai l'impression de n'être qu'un individu fonctionnel, un robot domestique. Une merde au foyer.




Le prix de la solitude, ensuite. Quand par miracle les enfants dorment tous en même temps, je ne suis pas du genre à me vautrer devant la télé. Non. Moi j'aime les conversations animées, les cocktails en terrasse, les manifestations, le théâtre, la géopolitique et le shopping. Autant de choses difficiles à effleurer actuellement. L'émulation citadine me manque, et j'ai parfois l'impression de me ramollir du bulbe quand mes échanges quotidiens se limitent à des litanies de "mets tes chaussons, dis pardon à ton frère, ramasse ton gâteau, où est ton doudou ?". 

Le prix de la précarité, enfin. Rester à la maison, bien souvent, c'est se passer d'un salaire. C'est mon cas, et malgré de nombreux diplômes La Pantoufle cumule les contrats précaires depuis des années. On ne roule pas sur l'or. (On roule sur les petits pois écrasés et les Lego.) Concrètement ça veut dire que je ne m'achète jamais de nouveaux vêtements, même pendant les soldes, et que je n'ai été chez le coiffeur qu'une fois en quatre ans. Ça veut dire aussi que La Pantoufle a appris a faire la vidange de la voiture tout seul, avec ses deux mains gauches, ainsi que toutes les menues réparations qui coûtent un rein chez un professionnel. Qu'on est obligés de compter toutes nos pièces, et de se mettre à quatre pattes le 18 du mois pour aller chercher celles qui sont tombées sous la commode du salon. Pour pouvoir manger sain, on doit privilégier les produits simples et peu transformés, et donc cuisiner tous les jours, à tous les repas, même quand on a 40 de fièvre et trois mômes qui hurlent accrochés à notre slip. Il m'est arrivé de prétexter une angine ou un enlèvement extraterrestre pour ne pas me joindre à une sortie entre potes, parce que je n'avais pas de quoi payer la note. Il m'est arrivé d'avoir honte. D'en pleurer. Mais pas longtemps. Parce que vivre sous le seuil de pauvreté, ça te rend à la fois plus vulnérable et plus fort, exactement comme un enfant. Et un enfant, avec un bout de bois, trois cailloux et des bisous, il sait se construire un château.

Photo : Romy
J'ai choisi de payer ce prix pour quelques années et, au moment de refermer ce chapitre, je ne le regrette pour rien au monde.

Ce sont des lingots accumulés pour les vieux jours.


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