jeudi 7 février 2019

Mère de 4 enfants : ce que je pense de toi, qui a choisi de ne pas en avoir

En voilà un bon titre putaclic.

Aujourd'hui j'ai, encore une fois, eu une discussion très riche en sarcasmes et pipiculottes avec l'excellente Deliacious. Va faire un tour sur son blog tiens, tu seras mignon, parce qu'elle y fait de jolies photos de quinoa bio. 

La pauvre femme cumule plusieurs tares parmi lesquelles : son chat, son régime vegan et son choix de ne pas avoir d'enfants. Je sais, ça fait beaucoup de défauts pour une seule et même personne. Et j'ai eu envie de rebondir, non pas sur le ventre dodu de son félidé, mais sur le sujet des gens sans-enfants.

On les appelle sans-enfants comme on les appellerait des sans-dents, des sans-quelque-chose, des gens à qui il manque un truc (une case ?). 

Alors puisque dernièrement beaucoup de personnes se sont donné la peine de me faire connaître leur avis sur mon choix de pondre des mômes à la chaine, j'ai eu envie de profiter de la pause déjeuner healthy-fin-de-mois-difficile de ma fille (compote de pommes et craquottes, c'est pas un repas équilibré ?) pour, moizaussi, exprimer mon point de vue sur les choix de vie des autres.

Des jugements à l'emporte-pièce et du sang dans les commentaires : je vous présente ma nouvelle ligne édito pour 2019. J'espère que ça vous plait mes petits chatons. Bientôt, je vous promets une chaîne Youtube sur laquelle je compte réunir mes vlogs de nettoyages de chiottes au vinaigre blanc, et quelques reportages inédits en immersion au cœur des matins-marathons d'une famille toujours à la bourre à l'école.



Bref.

Tu as choisi de ne pas avoir d'enfants ? Je te comprends. Surtout à 3h51 du matin, entre le 3ème réveil du Lardon (un monstre a voulu manger son orteil) et le 2ème recouchage de la Gagotte (qui hurle que la nuit c'est fini z'ai faim ze veux petit néjeuner matanant). 

Je pense que si tu ne veux pas d'enfants, c'est probablement parce que tu es encore un grand ado immature et égoïste, incapable de consacrer ta vie entière à un autre être vivant (ton fiancé barbu et ton lapin nain ne comptent pas). Au pire, quoi ? Tu es peut-être une sorte d'écolo intégriste. Mais dans tous les cas tu n'es pas bien méchant, ouf.

Cela dit j'avoue ne pas comprendre. Comment peut-on passer à côté d'un tel engagement, dans la vie ? Je veux dire. Avoir des enfants c'est profond, ça te transforme une femme ! C'est irréversible. Y a qu'à voir l'état de mes petites lèvres pour le comprendre. Avoir des enfants c'est enrichissant, c'est beau, c'est magique. S'endormir tous les soirs en compagnie de l'araignée Gipsy qui monte à la gouttière, franchement ça n'a pas de prix. Et je te plains de ne pas connaître ces sensations merveilleuses. La chaleur d'un vomi dans ton cou, en plein hiver. Hashtag bouillotte. Le bonheur de passer une matinée armé d'un couteau, à gratter les petits pois incrustés entre les lames du parquet. Hashtag fitness. La joie de sacrifier ton budget shopping sur quatre générations pour payer les cours de violoncelle de l'aîné. Hashtag prozac.

MAIS je te remercie aussi. En choisissant de ne pas te reproduire, tu contribues à contrebalancer l'empreinte carbone des femmes dérangées de l'utérus comme moi. Alors tu vois, on peut s'entendre. Tope-la !

Peace and love (and capote).
Rendez-vous sur Hellocoton !

jeudi 17 janvier 2019

Une courge dans le coffre

J'ai ouï dire que certains d'entre-vous épluchaient les journaux locaux à la recherche de mon avis de décès, mais rassurez-vous : Je suis actuellement aussi vivante que Michel Drucker. J'ai juste traversé une longue période de turbulences. Mais, la chair ferme et le teint frais, me voilà de retour pour vous jouer un mauvais tour, afin d'écraser l'amour et la vérité, d'étendre mon pouvoir jusqu'à la voie lactée, rendez-vous tous ou ce sera la guerre, Miaouss, oui, la guerre ! Hem.

Vous savez ce qui me fait plaisir ? A part manger du Kiri en cachette et la levrette, je veux dire. L'automne ! C'est ma saison préférée depuis approximativement vingt-sept ans, six mois et quatorze jours. Et j'adore, quand l'été s'évanouit, et que les feuilles se laissent tomber. En automne, généralement je déprime, comme tout le monde. Mais comme, sous ma culotte brodée à fleurs, je reste une sale sorcière qui brûle de la sauge sous la lune, et bien J'AIME ma déprime automnale. C'est la période idéale pour se remettre en question, boire du café et chouiner sa race. Je trouve ça cool.


Cette année, à la fois pour immortaliser la fin de ma période de turbulences, et ma passion dévorante pour les rondades dans les feuilles mortes, j'ai commandé une séance photo à Romy. Juste moi qui fais la dinde dans un décor orangé, je lui ai dit. Elle a répondu : nickel j'ai hâte gni. 

Le jour J, j'ai chargé ma plus belle citrouille bio dans le coffre (?), j'ai oublié de me coiffer, et la fermeture éclair de ma robe a littéralement sauté quand je me suis assise dans la voiture. C'est donc cul nu que je me suis rendue dans les champs que Romy avait repérés. Sachez que c'est exactement ce jour-là que j'aurais pu illuminer le monde de la mode en inventant les vestes longues. Heureusement pour la santé de ma raie frileuse, quelqu'un d'autre y avait songé avant moi.

Sans transition, voici quelques images de la séance :








Remonter ses collants = classe et distinction assurée. 


Oh ! Il faut que je vous raconte un truc. A un moment donné, je devais tourner le dos à Romy, marcher dans l'allée, et me retourner de temps en temps. Ca donnait un côté un sexy à ma touffe mal peignée, il paraît. Alors je répétais l'exercice avec toute l'application et la solennité qui me caractérisent. QUAND SOUDAIN. J'ai senti un petit papier dans ma poche gauche. Je l'ai déplié discrètement. Et puis :






AHAH.

Romy a appuyé sur le déclencheur, puis elle a checké son écran de contrôle, puis elle m'a regardée, puis elle a re-checké son écran de contrôle, puis elle m'a re-regardée, puis elle a dit "Putain SALOPE tu peux pas me faire ça, je vais couiner comme un marcassin heureux !", puis elle a couiné comme un marcassin heureux.

Moi j'ai ri comme une pintade. Pour changer.
Puis j'ai sorti la citrouille bio du coffre de la voiture.
Puis voilà.






Juillet 2019.
Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 11 novembre 2018

Lettre à Coline

Je travaille au service réception d'un complexe hôtelier. Chaque semaine, je vois défiler des centaines d'hommes et de femmes. Des commerciaux en costume, smartphone coincé entre l'épaule et la joue, et qui, trop habitués aux déplacements et aux hôtels, ne m'adressent pas un regard lorsque je leur tends une facture sans détails. Une facture sans détails, c'est une facture un peu arrangée pour cacher les petits vices, c'est une facture dans laquelle on intègre les pinthes et les verres de vin sans les mentionner. Une facture sans détails, c'est une sorte de mascarade dont tout le monde a conscience, mais qui évite de faire des vagues.

Une facture sans détails, c'est un peu comme toi Coline. C'est une réalité sur laquelle on ferme les yeux.

Je vois passer des ados en slim qui cherchent désespérément le code WiFi, des couples qui se chamaillent à propos des vrais problèmes de la vie : On commence par le SPA ou le bar à vins ? Non, je veux faire un tennis. Je vois des mémés en vison qui s'extasient sur les tableaux du couloir qui coûtent un demi-smic et des papas poules qui bercent leurs enfants en sortant du restaurant. Je vois des gens qui font tout pour qu'on les voit, et des gens qui croient qu'on ne les voit pas.

Et puis je t'ai vue, Coline.

Un long manteau en daim noir doublé de fourrure synthétique, des cheveux colorés en noir et coupés courts, toutes les mèches bien rangées les unes à côté des autres, des ongles parfaitement manucurés et de grands yeux verts. Une allure de corbeau majestueux. Et comme chacun sait, même s'ils sentent le Chanel n°5, les corbeaux trainent souvent dans les cimetières. Je t'ai dit bonjour, Coline. Et je n'ai pas vu que tu étais morte.

Même si tu souriais, même si tu flottais dans l'air comme une star de cinéma, même si tu préférais le sauternes au floc, et que tu voulais te promener dans le parc rouge d'automne, je n'ai pas remarqué que tu avais oublié d'être vivante ce matin.

En pleine nuit pourtant, ce sont bien les cris d'une vie qui s'accroche, qui m'ont dévissé les tympans et fait fondre les boyaux.

Alertée plus tôt par tes voisins de couloir, j'avais couru jusqu'à la chambre 207, prête à surgir pour te porter secours. Mais je n'ai pas pu. Je suis restée figée, glacée, derrière le battant de la porte. Tu hurlais pour qu'on te sauve, mais à cause de Lui je n'ai pas pu franchir le seuil.

Lui qui te traitait de salope, d'hystérique, de folle. Lui qui te menaçait de t'éclater, te saigner, te tuer. Lui qui te tirait les cheveux, te secouait, te frappait. Lui qui a propulsé ta tête sur le coin de la table de nuit, pour te faire taire.

Tu ne l'as pas écouté, tu n'as pas fermé ta gueule.

Au secours, pitié, à l'aide...


 
Téléphone.

Dix minutes plus tard je conduisais les gendarmes auprès de vous.

Ils interrogeait ton agresseur en slip dans le couloir.
Je t'ai proposé d'attendre au rez-de-chaussée, dans un fauteuil moelleux, avec une boisson chaude et deux oreilles pour t'écouter.

Tu n'as rien bu, c'est à peine si tu t'es assise. Mais tu m'as parlé, et tu m'as raconté l'horreur des jours de colères.

Tu m'as remerciée. Grâce à moi, grâce aux gendarmes, Il ne te ferait plus de mal ce soir. C'est le merci le plus amer que j'ai reçu de ma vie.

Et puis tu m'a suppliée de ne rien répéter.

Coline je voudrais te dire,
que je leur ai tout répété quand même. Et que malgré ça, malgré l'évidence, ils n'ont rien pu faire. Parce que toi tu as nié, tu as eu peur. C'est la portière de ta voiture qui t'a à moitié arraché l'oreille, c'est rien, t'es pas malheureuse, les gens ont probablement entendu la télé, c'est vrai vous l'aviez mise un peu trop fort, tu es désolée pour le dérangement et tu l'aimes. Et mon cul sur la commode, aussi.

Coline je voudrais te dire,
que je comprends, que je suis choquée, et que je suis en colère. Que j'aurais voulu t'arracher à cet endroit, te conduire dans mon pot de yaourt jusqu'au bout de la nuit, et t'offrir la lune sur un plateau d'argent au bord de l'océan.

Coline je voudrais te dire,
que je suis désolée, je me suis trompée. Tu n'es pas un corbeau, mais un moineau.

Coline je voudrais te dire,
que les veines rouges de tes paupières gonflées de chagrin n'ont pas terni l'émeraude de tes pupilles précieuses. Que tu es belle, que tu sens bon, et que tu as un très joli collier. Que tu ta voix est douce, que ton sourire est chaud, et que je voudrais bien la marque de ton chemisier.

Coline je voudrais te dire,
que personne ne mérite le calvaire que tu endures, que tu n'y es pour rien, qu'Il est le seul responsable et que tu va bientôt réussir à saisir la main que l'on te tend, je le sais. Parce que tu es forte et courageuse.

Coline je voudrais te dire,
que je suis désolée, je me suis encore trompée. Tu n'es pas un moineau, tu es un phœnix. Un putain de beau phœnix qui envoie du pâté. Et qu'au milieu de ton nid de cendres j'ai distingué des braises, et que tu dois me promettre, c'est moi qui te supplie, de trouver un jour suffisamment d'air dans ta cage pour souffler dessus et les embraser.

Pour ce jour là, j'ai glissé un numéro de téléphone dans la poche droite de ton long manteau en daim noir doublé de fourrure synthétique.


3919
 



Il avait les traits d'un poupon, un large sourire.
Il était avenant et blagueur, il semblait gentil.
Il avait le visage de millions d'autres.
Il est un porc.


Rendez-vous sur Hellocoton !